mercredi 14 mars 2018

ADOLESCENT EN 68

En ce printemps 1968, j’étais à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Strasbourg. C’était alors pour un enfant de famille nombreuse, issu d’un milieu ouvrier, un ascenseur social possible quand on était un « bon élève ». Se retrouvaient là des adolescents qui venaient de toute la région surtout rurale, nés après-guerre, d’une Alsace qui avait navigué entre l’Allemagne et la France et qu’on regardait d’un drôle d’oeil. Nous nous sentions alors sous le joug lourd d’un autoritarisme fort, d’une hiérarchie qui ne supportait aucune contradiction. Mais, à cet âge, ça bouillonnait dans les têtes, l’envie de vivre autre chose, de sortir d’un avenir tout tracé. Le poids de la morale était fort, les relations encadrées, les espaces de liberté quasi inexistants.
Seul garçon de la famille, avec quatre sœurs, mes parents m’ont toujours accordé beaucoup de liberté, je m’évadais dans la lecture - «  Sur la route » de Kerouac - et la musique. En 1964, Bob Dylan chantait « the times they are a changing » et les disques anglais et américains commençaient à circuler : Doors, Jefferson Airplane, Cream, Hendrix remplissaient ma petite chambre sous les toits. Je me sentais sérieusement décalé la semaine au milieu des autres élèves. Je m’investissais au ciné-club interne qui me permit de voir les films de Godard, « la bombe » de Atkins et bien d’autres qui enrichissaient mon besoin « d’évasion ». Tout était là en sommeil :  la critique de l’ordre établi, de la société de consommation, l’envie de voyager, de découvrir d’autres univers, car il y avait aussi cette conscience tiers-mondiste, se mobiliser contre la guerre du Vietnam qui était un phénomène rassembleur de cette jeunesse contestataire dont je me sentais partie prenante.
Voilà un peu le contexte de ce printemps 68. Je n’étais pas encore étudiant, pas politisé dans un groupe, juste un jeune de 17 ans qui rêvait d’autre chose.
Et puis, les échos de la capitale parvenaient jusqu’à nous, provoquaient des discussions, sur les pratiques pédagogiques de notre futur métier, la hiérarchie, … et me donnaient des fourmis dans les jambes.
La réforme du ministre Fouchet renforçait la sélection d’entrée à l’université, réglementait les résidences universitaires et interdisait toute mixité. Cela déclencha en partie le soulèvement étudiant.
Puis tout s’accéléra….

                           SURVOL DE L’EPOQUE

Il faut dire que dans ces années-là, la désindustrialisation frappait déjà des secteurs importants comme les bassins houillers et les vallées vosgiennes. La crainte du chômage donnait lieu à des manifestations car il y avait déjà 500 000 chômeurs, 2 millions de salariés gagnaient moins de 500 frs -équivalent de 600 € d’aujourd’hui- et près de 5 millions de français vivaient sous le seuil de pauvreté. Les syndicats CGT et le PCF étaient très présents (mais pas la CFDT, ni FO) auprès des ouvriers et employés. Près des universités, on entendait surtout les trotskistes, les maoïstes, les marxistes-léninistes, le PSU, l’UNEF. Mais aussi tout doucement, divers mouvements autonomes (dont je me sentais le plus proche) , libertaires, féministes, écologistes, voulaient surtout changer la vie ici et maintenant. 68 ne fut qu’un début qui perdura les années suivantes avec des luttes comme celle de la jeunesse scolarisée (la moitié de la population avait alors moins de 25 ans) contre la loi Debré sur les sursis militaires et ...le Larzac.  Ces valeurs de fraternité et d’émancipation cheminent toujours encore aujourd’hui et sont porteurs d’avenir. Ils privilégiaient une démocratie horizontale, l’action collective.

Mai 68 fut surtout, et on a tendance à l’occulter, une victoire pour le monde ouvrier qui se mobilisa dans des grèves gigantesques qui aboutirent à l’augmentation des salaires de 10 %, du SMIC de 35 % à Paris et de 37,5 % en province. d’une quatrième semaine de congés payés. Mais il y eut aussi l’émergence d’une multiplication de lieux de luttes ce qui changea le rapport au pouvoir, à la politique qui se déclina sous des formes diverses et une re-écriture du rapport de force qui engendra la crainte de tout gouvernement des soulèvements de la jeunesse, des ouvriers et même des paysans.
Quand on voit les images des policiers en cravate et matraques de 68 et les robocops surarmés d’aujourd’hui, on voit l’évolution des formes de répression.

                                               FEMINISME ET ECOLOGIE




Mai 68 engendra également un renouveau du féminisme sous des formes revendicatives et des sujets nouveaux : la pilule contraceptive, l’avortement, l’égalité... L’écart de rémunérations d’avec les hommes était d’un tiers, légal et codifié. Cela a peu évolué depuis…Les rapports homme-femme tendent vers plus de partage des tâches, l’accès au monde du travail, la participation des femmes dans tous les secteurs de la vie publique, … Mais ces derniers temps, on voit aussi à quel prix et que l’égalité est loin d’être la norme.


Et puis, une thématique était complètement marginale en 68 : l’écologie. Nous n’étions que bien peu à y être déjà sensibles. Ceux qui en parlaient étaient les naturalistes et scientifiques du Museum National d’Histoire Naturelle, des conservateurs, quasi réactionnaires. Les antinucléaires qu’on entend murmurer sont une association pour la protection contre les rayons ionisants qui parlent de bombes atomiques, et pas du tout des centrales nucléaires décidées par le gouvernement gaulliste qui s’est engagé dans le « tout-nucléaire » avec l’accord de l’ensemble de la gauche de l’époque. Mais une frange de la jeunesse est bien consciente des méfaits de la société de consommation qui entraîne destructions et pollutions. L’instituteur Pierre Fournier ** écrit des chroniques qui paraissent dans Hari-Kiri Hebdo dès 1970, puis dans Charlie Hebdo. Il fonde aussi « la gueule ouverte -le journal qui annonce la fin du monde ». Cabu, Reiser, Cavanna, Wolinski dans Charlie appliquent le radicalisme de l’esprit de Mai à l’écologie, l’environnement, le nucléaire. René Dumont (« l’Utopie ou la mort »-1973) sera porteur de ces idées à la présidence de 74. En Alsace, c’est « Ecologie et Survie » de Solange Fernex, les revues Ionix et Klapperstei (qui ne prennent aucunement la peine de déclarer légalement leur existence) et aussi la première radio libre : Radio Verte Fessenheim. Les militant-e-s écologistes sont traité-e-s de « gauchistes » par les gouvernements successifs, les anti-nucléaires d’être à la solde des pays pétroliers et des Etats-Unis !!!!

 
                                                                
                                                         HERITAGE ?


En ce printemps 2018, on va entendre les voix des « personnages en vue » qui vont raconter « leur 68 » et se répandre dans les médias qui vont faire du temps d’audience sur les archives de 68. Cinquante ans : le temps de l’histoire, qu’ils vont assaisonner à leur sauce. Cohn-Bendit , Romain Goupil sont aujourd’hui des supporters de Macron. A croire que ce qui s’est passé en 68 - et les années qui ont suivies- a fait le lit du libéralisme financier, du productivisme économique. Même s’il y a certainement un lien entre 68 et l’élection de Mitterrand en 81, l’action du gouvernement socialiste, surtout le deuxième septennat, fut une véritable désillusion. Aujourd’hui, la contestation n’est plus le signe d’une démocratie vivante, mais perçue comme un danger de l’ordre public avec comme corollaire une ultra-militarisation des forces de police et des lois répressives à répétition sous couvert de danger terroriste : assignations à résidence et interdictions de manifester pour des militant-e-s, loi anti-regroupements (comme en 1980 la loi anti-casseurs), responsabilité collective, fichages et prélèvements salivaires, …



Cependant, tout le monde n’a pas retourné sa veste, renié ses idées (pour exemple, un des leaders de 68,le discret Jacques Sauvageot, disparu récemment) pour profiter passivement du confort acquis. Beaucoup de ces acteurs-actrices de l’ombre sont resté-e-s fidèles à leurs engagements initiaux, à leurs convictions profondes et s’investissent localement dans une multitude d’initiatives, actifs dans les réseaux rajeunis de l’altermondialisme et de l’écologie et font ainsi de la politique autrement sous des formes très diverses, en étant attaché-e-s à des valeurs collectives, les biens communs, les services publics issus du programme national de la Résistance. Ce sont aujourd’hui d’autres révoltes qui couvent, portées par l’injustice sociale, la pauvreté et l’engagement de nouveaux publics dans le champ politique. On assiste à des convergences de lutte (jeunes, paysans, employés, ouvriers, étudiants, lycéens, …) comme NDDL et autres projets inutiles, combattus partout sur le territoire et dans des secteurs divers.

Et nous autres, papys et mamies, savons allier "le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté", comme disait Gramsci. 
Nous ne ne laissons pas pervertir par la surconsommation permanente, le discours dominant de la croissance par la productivité, facteur d’emploi et de mieux-vivre. 
Nous ne nous laissons pas divertir par internet pour fuir les questions du monde d’aujourd’hui où l’intelligence artificielle va dématérialiser toute action revendicative, humaine...
Nous sommes encore vivant-e-s et porteurs-porteuses de mémoire et ...d’expérience, à partager.


  
                                                     Rassemblement des Glières tous les ans 
                                                     Cette année 2018 ce sera les 1-2-3 juin 
                                              à Thonon-Glières (Haute Savoie) près d'Annecy



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Sources : diverses archives, Wikipédia, Politis, ….
Dessin de Phil Umbdenstock / Colmar

Je ne peux que vous recommander le hors-série n°67 (février-mars 2018) de POLITIS

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** et en complément, voilà ci-dessous le premier éditorial de Pierre Fournier, fondateur de "La Gueule Ouverte"....

" La Gueule Ouverte est virtuellement née le 28 avril 1969. J’ étais dessinateur et chroniqueur à Hara-Kiri-Hebdo, payé pour faire de la subversion, et dès le N°13, lassé de subvertir sur des thèmes à mes yeux rebattus, attendus, désamorcés d’avance. Prenant mon courage à deux mains, j’osais parler d’écologie à des « gauchistes ». Permettez que je me cite (sinon, tournez la page) :
- « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technoloqiue incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vie supérieure qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’oeuf. La seule vraie question qui se pose n’est pas de savoir s’il sera supportable une fois né mais si, oui ou non, son avortement provoquera notre mort.
Bien que quelques fadas n’aient pas attendu l’aurore du siècle pour la concevoir, cette idée est si neuve, et nous sommes depuis la maternelle si bien conditionnés dans l’autre sens, que presque personne ne l’a encore comprise. Surtout pas les distingués académiciens qui tous les 28 jours, sur un ton désabusé mais élégant, nous emmènent faire un tour sur la vieille balançoire intellectuelle de la médaille du progrès, avec son avers et son revers. C’est trop monstrueux pour qu’on puisse y croire. Les gens sont comme ça, plus butés que les boeufs qui, conduits à l’abattoir, profitent de la première occasion pour s’échapper. C’est pourquoi la catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous n’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. Ça représente du travail.
Mais chercher quoi faire pour survivre aux trente années à venir, c’est abstrait comme préoccupation. On ferait mieux de parler encore du Vietnam. Là au moins, y a rien à faire et rien à comprendre, tout est dit. C’est bien reposant.
Au mois de mai (68), on a cru un instant que les gens allaient devenir intelligents, se mettre à poser des questions, cesser d’avoir honte de leur singularité, cesser de s’en remettre aux spécialistes pour penser à leur place. Et puis, la Révolution, renonçant à devenir une Renaissance, est retombée dans l’ornière classique des vieux slogans, s’est faite, sous prétexte d’efficacité, aussi intolérante et bornée que ses adversaires, c’est aux Chinois de donner l’exemple, moi j’achète selon Mao et je suis ».
Je conclus en invitant à lire « l’Affranchi », un mensuel écologique que venaient de fonder deux types de vingt ans et qui ne devait pas survivre à son numéro trois. Ceci pour dire que nous étions alors quelques-uns à savoir qu’il y avait urgence, et que cette urgence consistait en ceci : faire coïncider la révolte instinctive, viscérale, de la jeunesse (que nous interprétions comme une révolte de la VIE face aux artifices mortels de la collusion pouvoir-savoir) avec ce que nous pensions être LA RÉALITÉ DE NOS VRAIS PROBLEMES.
Non je n’étais pas seul, loin de là, mais j’étais seul à disposer d’un gueulophone, avec toute la liberté de m’en servir. Pour conduire à son terme la nécessaire rencontre du gauchisme et de l’écologie, la faire déboucher sur le nécessaire dépassement et le renouvellement, à la fois, j’avais une tribune dans « le seul journal parisien » (dixit Wolinski) dont le réfracteur en chef ne soit pas « un pourri » c’était une chance extraordinaire et il aurait été très bête de n’en pas profiter.
C’est ainsi que Hara-Kiri-Hebdo-Charle Hebdo, qui n’était pas serment le prolongement hedmonadaire de Hara-Kiri mais, j’en suis sûr, le seul prolongement historique authentique du grand éclat de rire libérateur de mai 1968, devint, bon an mal an, le porte-voix français - disons européen, car le phénomène est unique - de la nouvelle gauche écologique.
Gueuler ne suffisait pas. Très vite, des lecteurs m’écrivirent pour l’enjoindre de fonder, et plus vite que ça, un parti « rousseauiste » destiné à regrouper les « marginaux ». Les marginaux - comme ils ont raison ! - n’ayant pas envie d’ête regroupés, et surtout pas au sein d’un parti, quel que soit son isme, il y avait sans doute mieux à faire.
Un matin d’avril 1971, un emmerdeur (je ne croyais pas si bien dire) vient me rendre visite, en voisin, dans ma résidence de Leyment (Ain). Pédago à la barbe de prophète, gauchiste revenu du gauchisme, nostalgique de mai 68, assez mal dans sa peau et tout seul dans son trou, il me propose de mener une action contre l’usina atomique de Saint-Vuilbas (Ain), dite Bugey ! (et rendue célèbre par nos soins : certains ont fini par croire qu’elle s’appelait « Bugey-Cobayes » ! Celle-ci devait diverger dans 6 mois pour empêcher ça. En Alsace, les gens du Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin menaient une lutte solitaire et désespérée contre l’implantation d’une centrale nucléaire sur les bords du fleuve international. « Survivre » et « les Amis de la Terre » les aidaient de leur mieux. Soutenu par un battage intensif dans Charlie-Hebdo, le comité Bugey-Cobayes prit le relais.
Le succès dépassant toutes nos espérances, 15000 jeunes et moins jeunes, venus de la France entière et parfois de l’étranger, se rassemblèrent, le 10 juillet, pour une « grande marche politique, non-violente et joyeuse », face à l’usine atomique. Les médias furent contraints de faire écho. La contestation écologique, franchissant l’Atlantique avec un peu de retard sur les capitaux de Westinghouse, faisant son entrée dans la conscience française. Je parle de la vraie contestation écologique, la non-récupérable (et moins que jamais récupérée à ce jour, n’en déplaise aux semeurs de confusion). Bugey 01, la grande fête à Bugey, fut un révélateur. Elle reste pour beaucoup un souvenir inoubliable. Tout, avec le recul du temps, nous semble avoir concouru à la réussite : l’ordre et le désordre, le refus des discours, le refus de la violence et le refus du spectacle, le nudisme ingénu, le partage et la rencontre. Tout y était en germe.
Le sit-in de 6 semaines, face à l’usine, à ses esclaves et à ses victimes, enracina, non pas tant dans les « populations » vassales de la télé, mais chez les participants à l’action, la volonté, le besoin irrépressible de changer la vie. Nous n’avons pas empêché la mise en scène de Bugey1, mais ce n’était pas - nous le savons aujourd’hui - l’objectif visé.
Les « anciens combattants de Bugey » ont porté, aux quatre coins de l’hexagone et au delà, sous la bonne parole écologique, le ferment d’une civilisation nouvelle, à la juste mesure de l’homme libre, qui substituera, aux structures mécaniques, leur contenu vivant.
Si, à compter de leur participation aux manifs de Bugey-Cobayes, rien ne pouvait plus être pareil pour beaucoup de gens, cela était encore plus vrai pour les organisateurs desdites manifs. Quand, rendant à Emile, qui m’avait embarqué dans l’aventure Bugey, la monnaie de sa pièce, je l’ai embarqué dans l’aventure du « journal écologique », il n’as pas résisté. On ne résiste pas, n’est-ce pas, à l’incarnation du destin dans l’Histoire...."

mardi 6 février 2018

UNE ECOLE SANS NOTES ?

Lycéen.ne.s et étudiant.e.s appellent ces jours-ci à la grève et à manifester leur mécontentement par rapport au nouveau projet gouvernemental d’évaluation, d’inscription dans l’enseignement supérieur et de l’orientation.

Le chien obtient une «gâterie alimentaire» (pour ne pas dire un sucre !) comme récompense de son obéissance lors du dressage. Et l’élève ?

Chaque gouvernement veut marquer son «passage» en faisant des réformes ministérielles, et ainsi tous les 5 ans  les fonctionnaires se réadaptent aux nouvelles directives. L’Éducation Nationale n’y échappe pas, bien au contraire ; mais toujours de façon si collatérale qu’on ne suit même plus. Voilà la réforme Bac 2021 et les nouvelles modalités d’inscription pour les universités et grandes écoles. L’objectif affiché est une meilleure orientation pour moins d’échecs après la première année d’études supérieures et un encouragement à l’apprentissage. Les intentions sonnent toujours positives, mais la méthodologie est souvent expérimentale avant l’abandon…Pour une plus grande chance, le ministre Blanquer parle de plus de prise en compte des notes tout au long du cycle terminal en lycée pour l’évaluation finale au Baccalauréat.
Mais est-ce vraiment « objectif » quand on sait les différences qu’il peut y avoir d’un lycée à au autre ? Et offrir les places post-bac en fonction des « demandes, offres » des entreprises, n’est-ce pas limiter et sélectionner quelque part avant même la fin des cycles universitaires, de formation ?

LES NOTES
Non pas celles qui sont sur le frigo, du genre «Pense à prendre du pain en rentrant ce soir», mais la notation scolaire, celle sur qui tout est basé pour juger des «capacités» de chacun-e et ce, dès le plus jeune âge.
Vous vous souvenez peut-être que l’on parlait d’«Instruction Publique » avant que cette grosse entreprise ne devienne Éducation Nationale. Au moins, on savait ce qu’on y faisait : instruire. On partageait les connaissances, on diffusait le savoir détenu par les enseignant.e.s, et le Certificat d’Etudes était le diplôme valorisant alors, puisque la plupart des élèves arrêtaient l’école à 14 ans. On sortait de la guerre, il fallait reconstruire le pays et le Conseil National de la Résistance mettait en place son programme émancipateur et social. Mais en dehors du contexte historique, le questionnement sur les notes est présent en permanence et de tous les côtés : élèves, parents enseignants.

Un enfant naît. En deux-trois ans, il emmagasine et expérimente une somme considérable de savoirs et savoirs-faire concentrés sur un temps si réduit qui ne se reproduira probablement plus : apprendre à se déplacer, à parler… Et, les sollicitations intellectuelles et d’apprentissages pratiques qui sont là, en permanence, exercées par les parents et les professionnels de la Petite Enfance. D’ailleurs à leur sujet, il serait temps de reconnaître le travail précieux, indispensable de ce personnel qui a compris depuis longtemps que la petite enfance n’est pas de la garderie et une cantine, mais un lieu d’éveil, de socialisation, d’expérimentation, d’ouverture au monde a un âge où le cerveau est encore quasi vierge et leurs apports sont donc d’une importance capitale quant au développement de l’enfant.
Et, un jour c’est le «grand» jour : l’entrée à l’école. Maternelle d’abord et pourquoi ce nom « maternelle » alors que les enseignant.e .s sont des instituteurs.trices qui vont structurer le temps par des apprentissages aussi bien sociaux, de comportements et de règles, que cognitifs : reconnaissance de sons, puis de mots, gestuelle qui facilitera l’écriture, la structuration du récit, la sensibilisation aux nombres, à l’ordonnancement, et la découverte du corps, des mouvements, … Épargnée longtemps par le système des notes, l’école maternelle a quand même été soumise à un système d’évaluation des acquis et un président précédent voulait même qu’on y débusque déjà les violent.e.s, les problématiques, les...bref, mettre en case avant 5-6 ans !
Et puis arrive le passage à la « grande «  école ! Et là commence la sélection, la mise en fiches, la nomenclature des êtres alors que ces jeunes enfants sont bien, bien ,bien loin d’être « aboutis » ! Mais il faut qu’ils sachent lire avant Noël ou le printemps sinon ils sont soupçonnés d’avoir un développement intellectuel problématique. Il faut qu’ils obéissent et restent immobiles sur leurs chaises pendant des heures, qu’ils écrivent proprement, qu’ils se soumettent aux règles générales de la discipline scolaire sans discussion, … Le formatage commence, le dressage prend le dessus sur l’apprentissage (puisqu’il n’y a pas de place à l’expérimentation) et le chemin est tout tracé. Si on a une bonne capacité de mémoire, on s’en sortira toujours plus ou moins bien sans trop d’efforts puisque on emmagasine des connaissances et on les recrache et ça convient à tout le monde dans ce système d’évaluation, bientôt de notation.



 
Voilà où ça commence à se gâter : les bulletins de notes. On a beau avoir expérimenté les systèmes de 1 à 20, de A à E, de novice à expert, il n’y a que la forme qui change. Combien d’histoires chacun.e peut il-elle raconter sur les angoisses liées aux notes, l’image de soi, la peur des réactions des parents, le regard des enseignant.e.s.
Cela peut provoquer des drames familiaux et un dégoût à vie de tout système d’apprentissage, une allergie aux « études »…, des comportements violents. On ne remet jamais en cause un système mais on condamne l’élève.
Certain.e.s « privilégié.e.s » sortiront de l’enseignement public pour aller dans des écoles privées « Steiner » ou confessionnelles, moins soumises à ce système d’évaluation stricte et forcément restrictive.
Certains pays ont aussi fait le choix depuis des années de supprimer toute notation et ce n’est pas le chaos pour autant et le niveau d’instruction est tout aussi haut sinon plus que les autres pays autour.
On dit que les notes sont là pour mieux sélectionner des profils, pour une meilleure orientation et donc des chances de réussites dans le monde professionnel.

SELECTION, ORIENTATION
Revenons un peu en arrière sur nos propres expériences scolaires. Vous avez tou.te.s suivi le système scolaire de 6 à 16 ans au moins : dix ans de votre jeunesse. Une fois que vous aviez appris à marcher et à parler, vous étiez déjà équipé.e.s pour vous débrouiller un minimum. Mais quand il a fallu passer à la lecture, ce fut plus difficile d’autant que si vous ne lisiez pas à 6 ans, vous étiez considéré.e comme handicapé.e. Alors que la lecture va avec la «maturité» et pour certain.e.s il faut un peu plus de temps que pour d’autres. Et puis écrire. Alors là, c’est le drame assuré : soin, propreté, lisibilité et sans compter l’orthographe, la grammaire, la conjugaison. Il ne faut pas seulement écrire, mais sans fautes, de façon lisible, impeccable et avec un vocabulaire riche...Vous pouvez sans aucun doute toutes, tous raconter des anecdotes liées à ce stade des acquisitions exigées par l’école. Maintenant, réfléchissez où on en est aujourd’hui au XXIème siècle. Combien de fois prenez-vous un stylo, un crayon pour écrire encore manuellement, lisiblement, et pour quoi faire ? Et puis éléphant s’écrit à présent éléfant...et sans aller jusqu’à la novlangue SMS et autres abrégés idiomatiques.

Je peux aussi me fondre dans le système, suivre ses règles, obtenir toujours de bonnes notes et échouer aux examens, concours et autres tests de recrutement uniquement puisque je suis trop émotif.ve et que je perds mes moyens lors d’épreuves importantes.
Sur quoi se base la notation : parfois sur des critères objectifs de réponses indiscutables (en mathématique par exemple), mais en composition française, en philosophie, en ….Et puis, faut-il des bonnes notes dans toutes les disciplines pour être considéré.e comme un.e bon.ne élève ? Et que révèlent les notes sur une personne ? Qu’elle est capable de se plier à des règles et d’apprendre, de retenir (mais pas forcément de comprendre et pouvoir élaborer des procédures, des hypothèses, de l’expérimentation, …).

On veut aussi, pour justifier tout ce système, convaincre qu’avec un parcours de réussite scolaire (avec donc des bons résultats scolaires, de bonnes notes), on aura bien plus de chance de décrocher un BON travail, bien REMUNERE et donc d’avoir un belle vie agréable sans soucis financiers...C’est bien cela qu’on nous met en avant comme arguments premiers pour justifier le tout.
Mais avec le recul d’aujourd’hui, on a bien compris que c’est loin d’être automatique, d’être la voie toute tracée du bonheur. L’école n’est plus facteur de réussite sociale généralisée.
On peut être bardé de diplômes et être au chômage aujourd’hui.



LA VIE
Pour beaucoup de personnes, être heureux, c’est avoir de l’argent, une aisance matérielle importante et du pouvoir qui va avec. Si cela était l’objectif d’un gouvernement, d’un pays avec une accession au monde du travail salarié en fonction des capacités et désirs de chacun.e avec une juste rémunération et des services publics omniprésents qui facilitent la vie de tous, alors la critique de ce système scolaire n’aurait lieu d’être. Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Et on peut s’interroger sur l’école, si ce type de fonctionnement de l’école n’était pas une vaste duperie pour une volonté de nivellement, d’homogénéisation (afin de ne pas avoir trop de problèmes sociaux avec la population jeune) et un formatage des cerveaux pour devenir «des petits soldats de l’économie» corvéable et malléable, acceptant la précarité, la flexibilité, le temps partiel, des salaires de misère, malgré des degrés d’instruction élevés.
Et puis encore : De quoi nous souvenons-nous vraiment de nos apprentissages scolaires, des 10 ans (au moins) passés à l’école-collège ? Et combien de jeunes/jeune-adultes changent de « direction de vie », sortis de l’école ?
Honnêtement, dans cette civilisation d’accès à la connaissance universelle, quelles sont encore les valeurs et les apprentissages transmis par les enseignant.e.s ? Quels sont encore leurs rôles, leurs apports, leur utilité dans ce cadre strict, en 2018 ? Il faut constamment redéfinir et s’interroger certes, mais ce ne sont pas les horaires, la précision des contenus, les méthodes d’évaluation qui sont à constamment changer, mais plutôt le quoi, le pourquoi, et comment.

Des enseignant.e.s dévoué.e.s ; un système adapté à l’économie, pas aux jeunes-adultes.
Une école sans notes (comme dans certains pays) ?
Au sein de «l’école» (au sens large), on trouve des personnes remarquables qui se posent ce genre de questions en permanence et expérimentent au quotidien en étant au plus près des préoccupations et besoins des enfants-adolescent.e.s, en construction et dans le respect de leur individualité.. Mais on leur rappelle fermement les directives ministérielles, le programme à répartir annuellement, les objectifs chiffrés à atteindre et surtout qu’ils-elles n’ont pas à avoir d’états d’âmes mais d’exécuter ce pour quoi ils-elles sont payé.e.s (leur mission!).

Cela ne fait guère évoluer les choses aussi bien pour les élèves que pour les enseignant.e.s. Et les notes dans tout cela n’ont plus grande importance….Alors, autant s’en dédouaner et rapidement. Cela apaisera pas mal de situations stressantes, voire traumatisantes.
Et puis, des remarques personnalisées, avec des pistes de recherche, de méthodologie, de compléments d’apprentissages, ne seraient-elles pas plus utiles, plus formatrices qu’une note qui sanctionne, bien plus qu’elle n’encourage ?
Et à quoi ?




dessins de Paujour, Veesse (www.hebdi.com) et citation de John Lennon

mercredi 10 janvier 2018

DES CHIMPANZES AUGMENTES AUX FOURMIS DEMESUREES


Ils étaient là en face l’un de l’autre. Elle lui parlait, il la regardait dans les yeux, mais elle ne quittait pas du regard son Iphone (ou son Apple Watch).
Dans la cafétéria du lycée, on avait beau regarder de tous les côtés, les jeunes étaient assis ou debout et chaque main était prolongée par le téléphone portable et un doigt tapait des lettres en raccourcis SMS ou autre novlangue.

J’étais assis dans la salle d’attente de mon médecin pour renouveler l’ordonnance de mon traitement. Personnes âgées qui toussent, adolescents impatients qui piétinent. Tous ont leur Iphone à la main et soit écrivent des SMS soit jouent à des jeux si ce n’est pas une conversation téléphonique à voix haute dont tout le monde profite et sans intérêt en plus. Je suis le seul avec un livre à la main que j’ai emporté dans mon sac et même si quelqu’un de temps en temps se sert dans la pile de revues « people » sur la table basse, ils/elles ne font qu’y jeter un rapide coup d’oeil superficiel avant de la reposer très vite sur la pile.

Chacun de son côté sur son ordinateur portable cherchait sur des sites de rencontre de quoi mettre un peu de piment dans la vie terne du quotidien, maintenant que les enfants étaient grands.
Dans le même quartier, un peu plus loin, une jeune fille, un jeune homme, seul-e devant l’écran se faisait embarquer par la propagande d’un-e- inconnu-e avec la promesse d’un monde meilleur si on se battait pour « une cause ». A l’étage, les parents font leurs commandes sur le site « aux livraisons gratuites sous 24 heures ».

« Allo ? Concernant votre demande d’emploi à ce poste, vous avez le profil adéquate, les compétences et vos prétentions salariales sont dans les normes. Nous avons retenu votre candidature . Cependant, nos services informatiques ont fait remonter jusqu’à moi, des pages qui apparaissent sur votre compte Facebook avec des photos, disons, ...préoccupantes. Nous ne pourrons donc pas donner suite car notre entreprise est réputée sérieuse et nous ne pouvons pas prendre le risque que des commanditaires tombent sur ces photos de notre personnel qualifié. Nous demandons à nos employés d’être clean tout en ayant droit à leur vie privée, mais pas exposée publiquement ainsi sur les réseaux sociaux. Désolé. »

« Mademoiselle, je suis au regret de devoir vous annoncer que votre contrat avec notre entreprise a été rompu. On nous a fait parvenir une copie d’un de vos SMS où vous insultiez notre patron et même si cela est du domaine privé, il est arrivé jusqu’à nous et nous ne pouvons pas accepter ce genre d’attitude et de propos de nos employés. Vous pouvez disposer, prendre vos affaires et quitter l’entreprise immédiatement. »

Des titres de journaux (à répétition) : « Suicide d’un très jeune garçon, d’une très jeune fille, suite à un harcèlement et des propos dégradants ayant circulé sur lui, sur elle, sur les réseaux sociaux. »

Nous sommes en 2018, c’est le quotidien de tout un chacun et il n’y a plus personne pour raisonner tout ce petit monde connecté que les dangers existent, que nous sommes déjà sous addiction et que ce n’est que le début, la face visible de ce glissement progressif, mais très rapide, vers cet autre monde dématérialisé de l’immédiateté, de l’éphémère et de notre ...inutilité prochaine.

 
Né au siècle dernier, j’ai vu les soubresauts, puis l’accélération de la mise en œuvre de tous ces outils numériques qui sont aujourd’hui omniprésents dans notre vie quotidienne et professionnelle.
Les personnes nées après 2000 ne peuvent même plus imaginer le monde d’hier et nous regardent parfois, malhabiles avec ces nouveaux objets-outils, comme si nous étions les derniers dinosaures...

L’histoire de l’Homme (c’est une façon simplifiée pour dire l’homme/la femme) de Néanderthal à Sapiens est riche d’enseignements.
Nous avons globalement vaincu la famine, les épidémies, les guerres et les humains se sont structurés en sociétés, en nations avec des croyances religieuses diverses.
Les dualités constantes, entre la fiction (l’histoire racontée) et la réalité (quand on souffre physiquement) d’une part et puis, d’un autre côté, la religion (facteur d’ordre, mais aussi totalitaire) et la science (qui montre des faits, l’évolution), ont toujours existé.
Jusque là, les dirigeants de ce monde pouvaient se prévaloir de ces dualités et en tirer tous les profits : la religion est une création de l’homme, un outil de préservation de l’ordre social et d’organisation de la coopération à grande échelle ; le pouvoir se nourrit de l’alliance entre le progrès scientifique et la croissance économique.
Préserver l’égalité sociale, assurer l’harmonie écologique sont des freins à la croissance économique qui fonctionne sur le « toujours plus » et tout est fait pour les minimiser, voire les occulter. Mais cette croissance est basée sur les ressources et elles ne sont pas inépuisables.
Il faut donc bien trouver de nouvelles sources d’énergie, des matériaux nouveaux et emmagasiner plus de connaissances : nanotechnologies, génie génétique, intelligence artificielle…

En 1850, 90 % des humains étaient paysans. Puis vinrent la machine à vapeur, le chemin de fer, le télégraphe, l’électricité...Marx-Lenine prônent le salut par la technique et l’économie dans le socialisme.
En 1970, 130 pays sont indépendants à travers le monde, mais à peine une trentaine sont des démocraties (essentiellement au nord-ouest de l’Europe).Les Etats-Unis se veulent le leader du monde libre, mais avec des alliés encombrants (Khaled D’Arabie, Hassan II du Maroc, le Shah d’Iran, les colonels grecs, Pinochet au Chili, …) et surtout, les armes nucléaires et les supermarchés ! Plein de pays « démocratiques » se rattachent alors au capitalisme (libéralisme) où nous ne sommes plus considérés que comme des clients et des électeurs.
Ce libéralisme met en avant la liberté plus que l’égalité et l’individu avant le collectif.

Mais que reste-t-il de libertés dans ce monde-là ? La faculté d’agir en fonction de ses désirs ? Mais choisit-on encore ses désirs librement ? L’homme est manipulable à souhait, conditionné…
Nous sommes déjà inondés d’appareils, d’outils et de structures, utiles peut-être, mais qui ne laissent plus aucune place au « libre-arbitre » des individus : drones, robots, ordinateurs, scanner irmf, imprimantes 3D, casques connectés au cerveau (stimulateurs transcraniens), enseignants numériques adaptés aux individus, tomographie axiale, diagnostics médicaux, capteurs pour diabétiques, reconnaissance de formes, ….

Le marché du travail recouvre les domaines de l’agriculture, de l’industrie, des services.
Mais que deviendra ce marché du travail quand l’intelligence artificielle fera les tâches cognitives ? Quel sera l’impact politique d’une nouvelle classe nombreuse de gens économiquement inutiles ? Que deviendra la société avec des écarts sans précédent entre riches (propriétaires des algorithmes supérieurs) et pauvres ?

Plein de métiers vont disparaître très vite. L’être humain a deux capacités : physiques et cognitives qui peuvent être remplacées et seront remplacées par l’automation, la robotisation, les algorithmes. Des exemples ?
Uber gère des millions de chauffeurs avec très peu d’humains.
Deep Blue (ordinateur IBM) remporte des parties d’échecs contre le champion Kasparov dès 1996.
En mars 2016, Alpha Go (Google) bat le meilleur joueur de go, Lee Sedol.
Depuis 2014, Google et Tesla développent des véhicules sans conducteurs.
Google Baseline Study a commencé à récolter une base de données sur la santé grâce à des capteurs intégrés dans des vêtements, bracelets, chaussures, lunettes (de marque Google Fit) alors que la société 23andMe développe la commercialisation des tests ADN, tout en créant une base de données génétiques.
Novartis, Google, Pixie, Microsoft sont déjà depuis des années dans ce monde du Big Data, récolte des données personnelles dans votre vie privée.
Microsoft « Cortana » est une « assistante personnelle » intégrée dans Windows et qui accède à tout le disque dur (mails, dossiers, images, …). Google Now et Siri d’Apple font pareillement. Kindle, tablette de lecture, intègre la reconnaissance faciale pendant la lecture et envoie les informations à Amazon qui vous fait des propositions de livres adaptés.
La médecine s’occupe plus de l’optimisation des sujets sains plutôt que de guérison des malades...et recherche les technologies visant l’immortalité.
EMI (David Cope) développe la composition musicale par algorithmes. Un morceau né d'une collaboration entre Stromae et les algorithmes sort actuellement sur le marché musical.
Nous glissons vers l’internet-de-tous-les-objets (Internet Of All Things) où tout doit être connecté (cerveau, maison, habits, voiture, ….) avec l’Intelligence Artificielle-les algorithmes qui gère l’ensemble.

 
Les structures politiques traitent les données, analysent l’information, mais les révolutions technologiques distancent les processus politiques qui n’ont plus le contrôle des situations. Le gouvernement n’est plus qu’une simple administration qui gère.
Le marché boursier qui dirige l’économie mondiale est le plus gros centre actuel de traitement de données.

L’islamisme radical, le christianisme fondamentaliste, le judaïsme messianique, le revivalisme hindou qui perdent le contact avec les réalités technologiques se privent de la capacité de comprendre les questions qui se posent (ils ont aussi rejeté Darwin) et vont être écartées.

Que nous reste-t-il encore ?
Nos données personnelles sont encore pour l’instant la ressource la plus précieuse que la plupart des humains puissent offrir. Et puis, la conscience, les expériences subjectives, les sensations, les émotions, les pensées, l’imagination (hors de nos conditionnements), le sentiment d’amour sont nos derniers recours face à l’intelligence artificielle.

Dans ce nouveau monde où tout doit être immédiat, où « on prend et on jette », quelle place a encore la patience, les sentiments, la conscience, les émotions, l’imagination ?
Ces valeurs seront-elles encore présentes, vivantes dans quelques années ?
Quand on observe la jeune génération d’aujourd’hui, on peut presque faire une lecture de l’histoire de l’avenir.

Il y a cependant l'impact environnemental énorme qui découle de cette évolution technologique.
Le marché financier et des matières est  passif, aveugle devant la menace du réchauffement climatique et des dangers potentiels de l’intelligence artificielle. La "croissance verte" mise en avant par nos gouvernements de technocrates et financiers et qu'on nous présente comme "décarbonée" est un leurre, une usurpation. Dans toute technologie numérique, ainsi que les voitures électriques, il y a pas mal de "métaux rares" indispensables dans les composants (batteries entre autres). Or l'extraction de ceux-ci se fait par l'exploitation minière très polluante sur des grands territoires. Trop impactant dans certains pays européens (et trop visibles) ces mines ont été abandonnées en France par exemple et aujourd'hui, tous ces métaux rares viennent des mines de Chine (Mongolie) et d'Afrique. La pollution (extraction, durée) générée est bien supérieure au ...diesel. Ce ne sont donc pas et, loin de là, des énergies propres et renouvelables.
Il n'y a que peu de solutions ou pistes actuellement pour contrecarrer ou minimiser ces "effets collatéraux" : revenir à plus de sobriété, recycler bien plus les métaux rares et se battre contre l'obsolescence programmée.

Nous ne sommes qu’au début d’un changement de civilisation, il vaut mieux y réfléchir, agir, résister, avant qu’on ne devienne inutile !

Nous sommes venus des chimpanzés « augmentés », demain serons-nous des fourmis surdimensionnées ?



 
…………………………………………….EN SAVOIR PLUS……………………………………...


Les sources viennent principalement du livre :
« HOMO DEUS » de Yuval Noah Harari
(éditions Albin Michel-2017)


Je ne peux aussi que vivement vous conseiller aussi 
deux films-DVD qui vous éclairciront encore plus :

SNOWDEN de Oliver Stone (2016)

HER de Spike Jonze (2013)


(disponibles à la Médiathèque Numérique)

vendredi 22 décembre 2017

CATALOGNE : un exemple plein d'enseignements...

C'est une région où nous nous rendons souvent, où nous connaissons un coin de nature encore relativement préservé depuis des années et au bord de la mer, Pals-Begur entre la frontière et Barcelone...On adore ce coin, on aime aller s'y ressourcer, humer l'iode et vivre le rythme et l'ambiance espagnoles. Quand on a senti depuis des années, la région passer au catalan dans les écoles, les noms de rues, les prospectus, cela ne nous a pas choqués, ni déstabilisés car on sentait bien combien c'était important pour les gens. Et puis, nous, alsaciens, nous avons aussi notre histoire, notre passé entre Allemagne et France et l'intégration forcée en changeant "langue et cultures régionales" (pour conserver et faire vivre notre parler "alsacien" et notre double culture) et en mettant à la place le "bilinguisme français-allemand" qui n'avait plus rien de commun avec la vie réelle au quotidien dans nos villages ruraux ...et l'alsacien !


Alors, la revendication indépendantiste a suivi le régime d'autonomisme qui a été rogné au fur et à mesure des années par le pouvoir central (conservateur de droite) madrilène. Le Pays Basque a déposé les armes et obtenu un régime autonome intéressant. La Catalogne n'a jamais pris les armes (depuis l'après Franco) et son régime autonome n'a pas les mêmes règles qu'au Pays Basque. Ainsi, le parlement catalan ne peut pas prélever les impôts pour développer la région avec un versement contractuel annuel à l'Etat espagnol. Cela réduit sérieusement le pouvoir décisionnel sur pas mal de projets. Et comme c'est une région qui a su se dynamiser à nouveau, elle participe largement au budget national, mais avec peu de ristourne...Et puis il y a l'histoire : la Catalogne a combattu jusqu'au bout le franquisme, c'est une terre républicaine, imprégnée de libertés. C'est pour cela aussi qu'on s'y sent si bien....

Les élections du parlement catalan ont lieu tous les 4 ans. En septembre 2015, les indépendantistes ont obtenu la majorité et ont formé un gouvernement qui négocia plus d'autonomie avec d'autres règles de gouvernance avec le gouvernement central madrilène. Le Parti Populaire (droite conservatrice) au pouvoir avec Rajoy veut faire plier Barcelone et mettre au pas le parlement catalan. Sans rentrer dans les détails, le ton monte, Rajoy diminue encore les pouvoirs catalans et cela devient un combat où l'indépendance s'invite dans les perspectives. Le président du parlement catalan, Carles Puigdemont appelle donc à un référendum sur l'indépendance en octobre 2017. Les images re transmises à travers le monde nous ont montré le visage répressif du gouvernement Rajoy : des citoyen-ne-s qui allaient voter pacifiquement se font jeter au sol, frapper par les forces de police nationale pour empêcher ce référendum. Selon les résultats obtenus, le président catalan officialise la déclaration d'indépendance. De suite, il est destitué, des membres de son gouvernement jetés en prison, le parlement est dissous par Madrid et de nouvelles élections programmées le 21 décembre 2017. Le président Puigdemont pour échapper à la prison se réfugie en ...Belgique.
Finalement, les partis indépendantistes-autonomistes décident malgré tout de se présenter à ces nouvelles élections anticipées de deux ans afin de permettre à leurs partisans de voter. Le Parti Populaire de Rajoy pense ainsi reprendre le pouvoir en Catalogne, imposer la loi centrale et museler toute opposition. En attendant les élections, la région est mise sous tutelle du gouvernement de Madrid.


Les élections ont eu lieu  jeudi 21 décembre 2017  avec des candidats en exil ou en prison comme le vice-président du parlement catalan, Oriol Junqueras...et une nouvelle égérie de 36 ans du parti centre droit, Ciudadanos qui se présente comme une alternative pour revenir au calme dans cette région (style Macron au féminin). Mais les catalans ne sont pas dupés. Au soir des élections, si la liste de Inès Arrimadas (Ciudadanos)  avec 26% des voix et 36 sièges arrive en tête, elle est talonnée par le parti indépendantiste de Carles Puigdemont qui obtient 34 sièges. Les indépendantistes, rassemblés (ERC, Junts, Cup), obtiennent la majorité absolue des sièges (70 sur 135) et peuvent donc retrouver le pouvoir au parlement catalan comme avant la dissolution par Madrid. Une claque immense pour le gouvernement Rajoy (Parti Populaire qui obtient ....3 députés !!!). Il pensait régler le problème catalan par la force, le pouvoir imposé et il se retrouve complètement décrédibilisé, en ultra minorité quasi inexistant, et sans plus aucun pouvoir ou marge de manoeuvre. Même économiquement : il a essayé de fragiliser l'économie catalane avec des sièges d'entreprises qui ont quitté la Catalogne en attendant le vote et malgré leur porte-parole, la libérale Inès Arrimadas, rien n'a été dans ce sens. La victoire est donc lumineuse et les couleurs jaunes vont fleurir à travers les régions catalanes au nombre de 4 : Barcelone (85 députés), Gerone (17), Lerida (15), Taragone (18). Il faut aussi préciser que les élections se font au suffrage universel et au scrutin proportionnel (règle d'Hondt). Et pointer du doigt que le gouvernement central de Rajoy a placé ces élections un jeudi, jour travaillé, espérant peut-être une moindre mobilisation. Mais c'était compter sans la détermination des catalans qui au contraire se sont déplacés encore plus massivement qu'en 2015 avec 82% de participation. Là encore une sacré claque !
Et maintenant ? 




Le gouvernement catalan a été élu légalement sur ordre de Madrid avec un résultat identique à 2015 et que Rajoy ne pourra pas contester cette fois-ci. Il aura du mal à mettre en prison Carles Puigdemont s'il revient à Barcelone pour présider le parlement nouvellement élu. Il devra aussi libérer Oriol Junqueras, l'ex-vice président mis en prison...ainsi que d'autres membres du parlement emprisonnés.
Les catalans se sont donc exprimés encore une fois et de façon cohérente dans la continuité. S'ils ne sont pas toutes, tous indépendantistes, ils-elles ne revendiquent pas moins plus d'autonomie, avec des nouvelles règles et plus de pouvoirs. Légalement élus une nouvelle fois, Rajoy n'a plus de marge de manoeuvre et quelque part, l'Europe de la Commission Européenne doit prendre acte de ce vote.

Cela élargit aussi notre réflexion concernant d'autres régions européennes. Nous avons bien vu l'élection au Conseil Corse d'une majorité autonomiste. Nous connaissons aussi la valeur forte régionale en Alsace, mais avec des règles et fonctionnement à changer en profondeur. On a aussi l'Ecosse, la Flandre, la Lombardie, ...les Chtis, les Occitans, les Bretons, ....Bref, on voit bien qu'on ne peut pas réduire au silence, d'aucune façon, les aspirations des peuples des régions à forte identité. Une Europe des Régions, fédérale, a toujours été dans les projets politiques de certains partis (minoritaires). Mais le temps fait son affaire, les constats des politiques menées nationalement avec une représentativité élitiste et non pas représentative proportionnellement ont amené pas mal de personnes à revoir la gouvernance. Le désir de relocaliser les pouvoirs et les décisions est de plus en plus forte et en opposition avec une mondialisation qui détruit tout : démocratie, pouvoirs, relations humaines,....

Le temps est à intégrer CES changements, pas ceux qu'on veut nous présenter comme nouveaux alors qu'ils datent d'un autre temps !


 Mercredi 17 janvier 2018 a eu lieu la première réunion du Parlement nouvellement élu. Les "exilés (réélus)" n'ont pas pris part au vote mais les indépendantistes-qui ont la majorité de 70 sièges sur 135, plus les 8 voix de Podemos (Catalogne en commun/vote blanc)- ont élu le candidat de la gauche républicaine indépendantiste, Roger Torrent (38 ans) à la tête du Parlement catalan. Fin janvier-février aura lieu l'élection à la présidence de l'exécutif régional, la Generalitat qui devrait revenir comme avant à Carles Puigdemont, exilé à Bruxelles. Celui-ci pourra présenter son programme devant le Parlement comme prévu par la loi (qui ne précise pas une présence "physique") et donc il choisira probablement la voie "vidéoconférence". S'il revient sur le sol catalan, Rajoy le fera emprisonner directement. Là aussi, nous sommes dans un rapport de force, de pouvoir. Rajoy a tout fait pour casser la dynamique indépendantiste, mais même avec la voie légale (nouveau vote), les indépendantistes restent majoritaires. Mais il ne veut pas plier, accepter. L'histoire espagnole (récente) a deux pôles : Madrid franquiste et Barcelone républicaine. La Catalogne a souffert profondément du franquisme et des massacres jusqu'en 1975 et les blessures sont encore profondément marquées. 

1er mars 2018 - Carles Puigdemont annonce depuis la Belgique où il est "réfugié politique" qu'il ne briguera finalement pas la présidence de l'éxecutif catalan - ce qu'il était avant sa destitution par Rajoy, et sa réelection. Il ne veut pas bloquer la composition du nouveau gouvernement régional catalan, ce qui est un signe positif envoyé puisque tout était bloqué par l'intransigeance du gouvernement de Madrid. Mais quelles garanties a-t-il eu, lui et ses proches ex-ministres réfugiés avec lui en Belgique et ceux emprisonnés en Espagne ? 

Printemps 2018 - En revenant d'une conférence au Danemark, pour revenir en Belgique,  Carlos Puigdemont est arrêté à une station d'essence en Allemagne par la police (sur dénonciation des services secrets espagnols qui le suivent). Mis en prison, puis en résidence à Berlin en attendant son extradition en Espagne, il renonce officiellement le 10 mai à briguer la présidence de la Catalogne. Il propose un député de son parti qui n'a aucune affaire juridique contre lui ce qui empêche Rajoy et son gouvernement de Madrid de refuser cette candidature.
Joaquim Torra i Pla (dit Quim Torra) est donc élu au deuxième tour, le 14 mai 2018, nouveau président de Catalogne. Editeur, écrivain, avocat au barreau de Barcelone, indépendantiste reconnu, celui-ci fera tout pour obtenir le retour de Carlos Puigdemont dans son pays et sa région. Et faire libérer les députés encore emprisonnés après le référendum. Il pourrait alors dans un certain temps reprendre la présidence...

....à suivre !

lundi 4 décembre 2017

POLITIQUE ?

« on ne va pas discuter de cela : c’est politique ! » 
« y en marre de la politique » 
« on n’est pas là pour faire de la politique » 
« La politique ? Tous des pourris... »

Bon. Combien de fois on a entendu cela que ce soit au sein de la famille, au sein d’associations, au sein d’une communauté de communes ou d’un conseil municipal. Bref, le rejet est total quasiment et surtout ce mot implique des ressentis très différents selon chaque personne.

POLITIQUE : il y a des gens pour qui, quand vous prononcez ce mot, vous avez l’impression de passer pour un malotru, un voyou, quelqu’un d’impoli, un provocateur, un illuminé qui ne voit rien d’autre, un terroriste qui se cache, ….Tout peut y passer ! Et puis, cela va même plus loin quand on est invité à des cercles de parole, des soirées débats où dans la présentation, il y a noté que toutes les discussions « politiques » sont à exclure de ce cadre !!! Alors là, je reste pantois...On veut bien discuter de tout, mais pas de ça, c’est exclu d’office.
Mais c’est ça quoi ?
C’est quoi quand on utilise le mot « politique » ?
Il faudrait peut-être redéfinir avant d’exclure.

Pour la plupart, ce mot est collé à la « politique politicienne » c’est à dire au spectacle donné par les femmes et hommes politiques, leurs déclarations, leurs mensonges, leurs carriérismes qui les font naviguer de partis en partis (sans aucune conviction), leurs manigances pour garder leurs mandats et les accumuler pour se faire un pactole financier et des manœuvres pas très légales, les promesses jamais tenues, leur clientélisme populiste, ….bref tout ce qui est détestable, à mettre à distance, insupportable. Nous sommes bien d’accord.
Mais peut-on réduire cela à ça ?

Pour moi personnellement, j’aurai tendance à dire (dans mon interprétation) que tout est politique dès qu’on est dans la sphère publique. Il y a certes bien des études comportementales qui ont essayé de nous convaincre que même dans le quotidien familial, notre façon d’éduquer, de vivre, de consommer et même de faire l’amour était « politique » !


 un ouvrage (qui a été réédité) 
à conseiller à tout le monde, grands et petits

  
POLITIQUE (définitions Wikipédia)  : 
Si la notion est polysémique, on a quand même des définitions et des cadres clairs.

Au sens large, Politikos (civilité) indique le cadre général dans lequel une société ou une population est gérée par ses dirigeants. Dans cette direction aussi, on peut parler de la politique d'une communauté, d'une société, d'un groupe social, au sens de Politeia, qui obéit à une Constitution qui définit sa structure et son fonctionnement (méthodique, théorique et pratique). 

La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles.
La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, et se retrouve donc dans plusieurs domaines (économie, droit, sociologie, …)

De façon plus restreinte, la politique se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir.

Souvent, le mot est complémentaire comme ...stratégie politique, par exemple.



Pour moi politique, c’est s’occuper, se préoccuper de la vie publique, collective dans sa commune, dans une communauté de communes, dans un pays, au sein d’un groupe public à vocation d’animation d’un territoire, ...C’est donc loin d’être un mot tabou qui déclencherait une guerre idéologique de clans, mais bien au contraire, quelque chose de noble qui permet l’échange d’idées afin de trouver les meilleurs solutions à une problématique commune, de façon démocratique et respectueuse de chacun-e.

Parfois, je suis surpris, voire offusqué, quand dans un choix à faire sur un sujet d’une soirée film+débat par exemple, pas mal de thèmes sont rejetés sous l’argument : « ah non, pas ça, c’est politique ! » Je ne comprends pas, car là on est dans un global générique de rejet sans définir ce que chacun-e englobe sous ce mot repoussoir.
Quand on parle d’alimentation, de santé, de liberté, de consommation, de local, de déchets, d’assainissement, de ….bref, quoi que ce soit, il y a des implications décisionnaires qui passent forcément par le canal politique.



 


Le lien social est brisé. Il y a réellement des classes sociales qui se forment et où le fossé se creuse de plus en plus dans un dialogue inexistant. La désespérance est de mise et réelle, la misère aussi. La précarité du travail amènent un quasi esclavagisme muet. Ces soumissions forcées ou imposées se traduisent et se traduiront forcément par une violence larvée mais qui peut devenir visible et cruelle, un affrontement.

Un autre monde est en route, une autre façon de vivre qui me ramène aux années 70 du siècle dernier où le refus d’une société de consommation se traduisait par d’autres façons de vivre, plus sobres, plus démunies, plus autonomes avec une grande qualité d’entraide et d’échanges. Et où l’écologie, la notion de faire partie d’un tout à respecter, à préserver était déjà largement présente. Mais aussi le refus d’un autoritarisme, de la hiérarchie, des ordres de remise au pas, du poids de la morale religieuse, de la bienséance, du conformisme, du qu’en dira-t-on, ...un mouvement libératoire, d’émancipation après des années de guerre et de difficile reconstruction.

Nous sommes bien à la fin d’un cycle (les Mayas l’avait placé fin 2012) avec un changement sensible et évolutif de civilisation, de dogme économique forcé par la fin des réserves d’énergies fossiles, la fin des modèles dominants qui ont amené exploitations, guerres et chaos.
Se rattacher à l’ancien monde avec des pouvoirs centralisés, c’est se rattacher à des privilèges et fonctionnements d’un autre temps qui sera bientôt révolu, automatiquement.

Le pouvoir politique vacille, a montré ses limites et sa fragilité, les partis (en France) ont été tous décimés, décrédibilisés par leurs manœuvres minables qui tournent toujours autour des trois axes qui mènent ce monde de 2017 : pouvoir, argent, sexe, dans le désordre.

Rejeter donc toute discussion car elle serait « politique » c’est vouloir rester accrocher à des restes de règles, afin de se rassurer car tout changement est se mettre en danger, ce qui dans le mouvement permanent des incertitudes nous met en effroi.

Il faut au contraire politiser les débats car c’est de la vie en commun dont on parle et des rapports aux pouvoirs. Réinventer une démocratie locale, directe, des représentant-e-s tiré-e-s au sort, de l’action collective pour le bien-être de tous. Faire vivre les atouts et entreprises artisanales locales, échanger les services, les informations, les connaissances, les savoirs-faire, mettre des moyens en commun, se réapproprier la vie et les décisions qui vont avec.

Si on peut aisément se détourner de la politique politicienne qui a montré tous ses travers, si on peut ignorer un gouvernement qui n’est plus représentatif et qui fonctionne en vase clos, on peut aussi se réapproprier tous les strates de décision localement, inventer des nouvelles façons, se préoccuper plutôt des biens communs que de les laisser aux mains de celles et ceux qui veulent en tirer des profits (personnels), en faire du business, de l’argent.

A partir du moment où on regarde les choses, la vie, autrement que par la lorgnette de survie, alors les perspectives s’élargissent, les possibilités deviennent nombreuses.
Mais pour cela, il faut sortir de l’égoïsme, de l’individualisme, de l’ambition démesurée et créer de nouveaux liens avec son entourage.
Penser ainsi, c’est aussi ….politique, pas vrai ?
Puisque c’est se préoccuper d’une vie collective et des moyens disponibles.

Le mot politique n’est pas un mot sale, ce sont les politiciens (professionnels) qui l’ont sali et ainsi, coupé la branche sur laquelle ils étaient bien installés. Tant mieux.
Cela permet de redéfinir le mot et lui redonner tout son sens premier, un intérêt pour ce qui est commun, collectif et un rapport de force, qu’on peut atténuer ou même faire disparaître.

Lorsque, au niveau d’un Etat, la représentativité sera réelle, on pourra de nouveau s’en préoccuper (pas juste épisodiquement en étant appelé/sommé à mettre un bulletin de vote dans une urne). En attendant, faisons vivre la démocratie, la liberté de penser et parler, à notre niveau, là où on vit. Remettons-y de l’exemplarité, de la compassion et les énergies s’y déploieront.


L’avenir n’est pas écrit.