jeudi 11 mai 2017

PARTICIPER A L’ « AFTER » !

La foire d’empoigne a commencé dès dimanche soir après la parution du résultat de l’élection présidentielle : la Le Pen mis de côté, les loosers ont réaffuté leurs armes !

Quelques jours plus tard, où en sommes-nous dans cet « after » ?
Les bi-partis traditionnels évacuent les cendres et espèrent raviver les dernières braises.
Les Républicains (LR) se veulent une « majorité gouvernementale (ou parlementaire), rassemblement de la droite et du centre » . Bel effet d’annonce, mais quand on voit l’équipe aux manettes avec leur nouveau chef, François Barouin, on se rend compte que quasi tous sont des sarkozystes. Exit les cadres de Juppé et Fillon, pourtant finalistes de la primaire de la droite. Ils veulent renouveler mais autour de la table, ils ont tous entre 15 à 25 ans de pratiques politiques. On a compris que ce sont les derniers soubresauts avant un été orageux.
Le Parti Socialiste (PS) se veut, selon son -encore- secrétaire national Cambadélis, le parti qui doit représenter TOUTE la gauche !!! Mais 80 députés sortants PS demandent l’investiture pour ces législatives à Macron sous la bannière « la République en marche ». Cohérent, non ? Valls veut s’imposer de force à Macron tout imbu de son statut d’ancien premier ministre ! Cohérent, non ? Hamon veut créer un nouveau parti en juillet !!!
EELV, en tout cas, Jadot  dénigre aujourd’hui le PS avec qui il a signé des accords pour les législatives et avec qui il a fait campagne à la Présidentielle et demande à Mélenchon aujourd’hui de faire un nouvel accord !!! David Cormand, le secrétaire national EELV, vient même négocier des circonscriptions sans aucune gêne, ni mémoire ! Cohérent, non ?
Le FN se retrouve amputé de la moitié de la dynastie Le Pen. La bataille entre Marine et Marion est entamée même si cette dernière a annoncé qu’elle quittait « définitivement provisoirement »(!!!) la politique. Mais elle ne se met en retrait que pour prendre de la distance avec la stratégie Marine-Philippot pour mieux réapparaître avant l’élection présidentielle de 2022.

Et France Insoumise ?


                                          dessin de Pat Thiébaut  www.lagitedulocal.com


Rompre avec le vieux monde
Depuis dimanche, on n’entend parler que de « En marche », LR, PS, FN avec un black-out total sur Mélenchon et la France Insoumise. On a beaucoup reproché l’aigreur de Mélenchon le soir du premier tour et son refus de donner une consigne claire en faveur d’un vote Macron pour le deuxième tour. Mais on oublie que derrière des candidats il y a des personnes...humaines et on ne peut pas se baser uniquement sur la ...bienséance et les apparences hypocrites du monde politique.
Il manquait 600 000 voix à France Insoumise pour être au deuxième tour. Il y a eu 500 000 personnes qui avaient une double carte électorale en France. (On n’en a quasiment pas parlé, juste un peu des milliers qui n’ont pas pu s’inscrire tardivement, bien que légalement possible). On peut comprendre qu’après deux ans de préparation et des mois de campagne électorale de terrain, perdre si près du but peut être une déception un peu amère, surtout quand on a pu voir, lire et entendre les médias de propagande les dernières semaines…. Mélenchon est contre l’Europe. C’était bien fausser les choses en disant cela puisque la vérité est toute autre. Il a bien annoncé qu’il veut renégocier les traités européens, revoir les contenus. Et pour négocier à ce niveau, il faut bien mettre une pression en disant que s’il y a une fin de non-recevoir (alors que la France est un pays fondateur et une puissance mondiale), il fallait revoir le position française par rapport à l’Europe. Ça s’est vite transformé en un raccourci faussé. Donc après le premier tour, il fallait bien quelques jours pour digérer. Quand aux consignes pour le deuxième tour, fallait-il se renier ou affirmer une direction claire et cohérente : « aucune voix ne devra aller à Marine Le Pen » ? C'est clair, non ?
Aujourd’hui, il se dit que France Insoumise refuse le PS et EELV. EELV joue à la girouette pour essayer d’obtenir encore quelques postes de députés afin de sauver financièrement et politiquement un parti qui est décimé, n’a plus de direction claire. Et puis, celles et ceux qui ont lu le programme de FI « l’avenir en commun » savent bien que c’est le seul qui annonce clairement la sortie du nucléaire et une redistribution dans le cadre d’une plus grande justice sociale. Le PC veut présenter des candidats sous la bannière « Front de Gauche-PCF » en utilisant la photo de Mélenchon comme s’il les soutenait dans cette démarche. Une tromperie totale puisque le Front de Gauche n’existe plus et que le PCF n’a aucun droit d’utilisation de cette image-affichage. Le PC est de toutes les variantes ! Il navigue de plus en plus à vue. Et pourquoi veulent-ils présenter leurs candidats sous leur bannière à l’élection législative ? Les communistes ont 7 députés sortants dont quatre n’ont pas donné leur signature à la candidature Mélenchon et qui veulent malgré tout avoir l’investiture FI. D’un autre côté on a une dizaine et même plus de candidats PC adoubés par France Insoumise et Marie-Georges Buffet est parmi eux. De même que Clémentine Autain de Ensemble ! 
Et Hamon qui était sur la même ligne idéologique lors de la primaire du PS ?
Et bien là encore, les choses sont claires. Si Hamon quitte le PS, un accord est possible avec France Insoumise dès le lendemain. Enfin, on reproche à Mélenchon de se présenter dans la 4ème circonscription de Marseille pour ce troisième tour. France Insoumise ne peut pas avoir des candidat-e-s partout en métropole et son représentant à la Présidentielle n’en serait pas. Là encore il faut être logique, cohérent. Alors parachuté à Marseille ? Il avait le choix entre Lille, Toulouse et Marseille. Né à Tanger, débarqué à Marseille, il est partout chez lui en France comme beaucoup d’entre nous qui choisissent de vivre là ou ailleurs. Et quand même quand on entend aujourd’hui des députés sortants PS qui râlent (car ils craignent pour leur ré-élection), on peut sourire quand on connaît la clique PS marseillaise : Mennucci, Guerrini, …donneurs de leçon de "morale politique" !!!!!



Alors, cet « after » est plutôt réjouissant.
Si on ne parle que du PS, LR, En Marche et FN en occultant France Insoumise qui pourtant était à quasi 20 % à la Présidentielle, c’est qu’il y a bien une intention des médias de propagande...Il y a deux mouvements qui sont incontrôlables et surprenants, donc difficile à mettre dans des cases prévisibles : le mouvement « En Marche » et le mouvement « France Insoumise ». Ils sont hors des partis, ne jouent pas avec les règles habituelles et sont imprévisibles dans leur développement : ils remettent en cause les vieux partis qui sont à la dérive, agonisant. Ce sont les deux faces d’un renouveau qui rompt avec le « vieux monde ».

Et on devrait les retrouver tous les deux en nombre à l’Assemblée Nationale afin qu’il y ait un vrai débat permanent sur les orientations politiques du pays, ce serait aussi cohérent par rapport aux résultats du premier tour de la Présidentielle… et un vrai renouveau au sens où les partis traditionnels du siècle dernier disparaîtraient avec les visages de cette caste, cette oligarchie des professionnels carriéristes qui s’accrochent,  tout en étant déconnectés de la société, des gens, du terrain et qui ont été décrédibilisés ces dernières années sous Sarkozy et Hollande.

Il y aura donc à nouveau démultiplication de candidat-e-s dans les circonscriptions et à ce jeu pervers de la division (mais qui en est véritablement responsable?), par des triangulaires voir des quadrangulaires (il faut 12,5 % des inscrits soit plus de 20%), on remettra en avant la crainte du FN...comme d’habitude.
Celles et ceux qui ont voté par conviction pour UN PROGRAMME devraient renouveler ce vote à l’élection législative, par cohérence, par choix, logiquement.

L'avenir n'est pas écrit !

lundi 8 mai 2017

OUF !

C’est probablement ce que se sont dits beaucoup d’électrices et d’électeurs qui ont porté le bulletin Macron dans les urnes pour éviter la Le Pen Fhaine. La peur, la crainte, distillées par les médias de propagande depuis des semaines, voire des années sert toujours de programme ou en tout cas d’argument électoral : le rejet comme vote. Et malheureusement, le score majestueux qui en ressort est valorisé au bénéfice du seul candidat le soir des résultats. Bien sûr, cela ne reflète pas la réalité car ce ne sont pas des votes d’adhésion et les pourcentages ne reflètent pas grand-chose.

Derrière les pourcentages

La France compte une population d’environ 66 725 000 habitant-e-s. Il y a 47 582 000 inscrit-e-s sur les listes électorales. Au premier tour, quatre candidat-e-s étaient autour de 20 % entre 7 et 8 millions d’électeurs-électrices pour chacun-e. Il y a eu pour ce deuxième tour de l’élection présidentielle, un taux d’abstention record (depuis 1969) de près de 26 %,  environ 12 300 000  et un taux record de votes blancs (nuls) de 8,9 % soit près de 4 200 000 votants. Au total, cela nous fait près de 35 % soit 16 500 000 qui ne se sont exprimés pour aucun de deux candidats.
On peut entendre les paroles de victoire, l’un d’être élu, l’autre d’avoir augmenté le nombre de votants en sa faveur, mais derrière les pourcentages forts (66,06 % pour Macron et 33,94 % pour Le Pen)  cela traduit par rapport aux électeurs inscrits ne représente que 43 % pour Macron (en plus, pas tous des votes d’adhésion, loin de là) et 23 % pour Le Pen. Loin d’une majorité de français-es. Ainsi, M. Macron est légalement élu 8ème président de la Vème République Française, mais loin d’une légitimité majoritaire. Quant à Mme Le Pen, son électorat ne représente pas même un quart des inscrits. Il s’agit donc de relativiser les résultats présentés d’une façon ou d’une autre : 16 millions d’électeurs-électrices ne se sont pas exprimés en faveur de l’un ou l’autre, 31 millions ont voté pour l’un ou l’autre.
Le nouveau jeune président a sans aucun doute lu les chiffres ainsi et sait ce qui l’attend.

                               

L’enjeu de la présidentielle : les législatives
C’était le titre de ma chronique du 10 mars dernier et cela ne fait que se confirmer. Avec quatre candidats autour de 20 % au premier tour, il est évident que cela se retrouvera à l’élection législative des 11 et 18 juin prochains. En analysant de près ces résultats par circonscriptions et en intégrant le fait qu’il faut 12,5 % des inscrits pour être au deuxième tour, il est fort probable de se retrouver avec des triangulaires, voire des quadrangulaires le soir du 11 juin. Et tout est ouvert alors pour avoir une assemblée à quatre composantes...et sans majorité pour Emmanuel Macron et son gouvernement. Ce n’est pas pour rien qu’il a annoncé dans son programme qu’il gouvernerait par ordonnances c’est à dire SANS le Parlement ! Très démocrate...et républicain !
La question est donc : que feront les « perdants » ? Bien sûr, les négociations des partis laminés sont déjà engagés avec des marchandages habituels de circonscriptions réservées pour des sortants, etc...Mais la fin de non-recevoir dans ces conditions par En Marche et France Insoumise est logique et cohérente, même si cela est présenté tout à fait autrement par les médias de propagande qui annoncent que ces deux pôles refusent les offres des autres partis ! PS, PC, EELV, LR n’ont pas encore intégrés qu’ils ont été éliminés, désavoués depuis un moment et donc vont disparaître du paysage sous cette forme. Mais ils n’acceptent pas encore, tant les jeux internes de pouvoir et l’apport d’argent public par le biais des Législatives est pervers. Chaque voix rapporte une somme au parti pendant la durée de la législation. C’est une part de leur « fond de commerce » et ils ne veulent pas lâcher. Aurons-nous des candidatures diverses à cette élection législative à venir ? Si le PS n’a pas compris après le premier tour de la Présidentielle, c’est qu’il est dans la spirale de « droit dans le mur » jusqu’au bout et qu’en aucun cas, il ne veut lâcher son ex-leadership sur la gauche au profit de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement France Insoumise : hégémonique comme toujours ! Le PC veut négocier des circonscriptions « réservées » pour ces sortants et essayer de sauver encore un peu un parti qui n’a pas su se renouveler ; EELV veut sauver quelques têtes de leurs cadres carriéristes en essayant d’obtenir des circonscriptions, alors que ce parti avait signé déjà un accord dans ce sens avec le PS avant le premier tour : opportuniste jusqu’au bout.
Les écolos de pacotille et les PS traitres ont déjà rejoint Macron depuis un moment : plus la peine de les citer, de toute façon, ils n’ont plus de garantie de l’emploi : pour eux, faire de la politique c’est un métier, pas un engagement ! Quant au FN, il va subir aussi des tensions internes après la Législative car deux lignes vont s’affronter entre Marine et Marion et on le verra bien lors de leur congrès de 2018. Quant à Dupont-Aignant, il a plombé tout seul un micro parti qui se voulait gaulliste mais qui a pactisé avec l’extrême-droite : un non-sens ...contre nature ! Le FN sera toujours un parti de protestation, mais certainement pas un parti de gouvernement, il faut savoir le reconnaître.
Il ne reste donc plus qu’à espérer des candidatures uniques France Insoumise à gauche pour un résultat qui pourra équilibrer les forces politiques présentes dans ce pays. La droite LR présentera de toute façon des candidats (sarkozystes). Et avec En Marche qui s’appellera « la république en marche » et le FN-Marine qui s’appellera « les patriotes » il y aura la même composition que pour le premier tour de la Présidentielle et donc peut-être une composition du Parlement tout à fait inhabituelle et sans majorité gouvernementale. Prémisse d’un changement de fonctionnement institutionnel ? Cela serait l’aboutissement d’une révolution citoyenne qu’on a vu à l’oeuvre tout au long de cette longue campagne électorale.
Si je laisse deux points positifs au nouveau président, ils seront ceux-là : avoir cassé les partis traditionnels et avoir rajeuni l’image présidentielle.
Car pour le reste, je ne me fais guère d’illusions sur un programme libéral financier où le social et l’écologie n’auront qu’une part minime et symbolique.

 
Emmanuel Macron revisite les symboles de la République
Il est arrivé sur le parvis du Carrousel du Louvre à 22h30 ce dimanche 7 mai 2017. Une longue marche solitaire en gros plan avec comme fond sonore l’hymne européen. Cela ressemblait -et c’était calculé et volontaire- à la marche de Mitterand au Panthéon après son élection. Il a invoqué l’esprit des Lumières qui fondent notre Constitution en rappelant notre devise républicaine écornée depuis quelque temps : liberté, égalité, fraternité. Il a invité sur scène après son discours convenu sa famille, Brigitte sa compagne qui était sa prof de lettres avec ses enfants et petits-enfants et des proches ? Belle image au style Obama.
Il présentera son premier ministre et son gouvernement à la passation de pouvoir à l’Elysée prévue dimanche 14 mai. Sa composition sera observée de près car cela révélera l’équilibre fragile qu’il souhaite instaurer afin d’influer sur l’élection législative.
Il a déjà présenté ses axes principaux, école, travail, culture avec des directions prioritaires : la moralisation de la politique (Fillon et Le Pen seront-ils convoqués chez les juges rapidement ?), la réforme du travail (plus de flexibilité, accord d’entreprise au-dessus des accords de branche) , gouverner par ordonnances pour une mise en œuvre rapide (mais en contournant ainsi le débat démocratique de l’Assemblée Nationale ),…
Il sait qu’il a été élu par rejet du FN pour une part importante, il sait qu’il n’aura pas de majorité au Parlement, il sait que sa marge de manœuvre est faible et que son image souriante peut être retournée facilement.
L’élection législative commence dès maintenant et sera révélatrice des changements en cours soit en les accentuant soit en les atténuant. C’est donc un laboratoire détaché à présent de la peur qui était liée au second tour de la Présidentielle.

La France est multiple et riche de sa diversité. Les points de vue différents doivent être entendus et écoutés, cela fait partie du débat démocratique dans une République où la parole est libre. Une politique marchande et financière ne peut pas être le socle qui participe au bien-être d’une population qui subit l’austérité et la précarité. Les biens communs ne sont pas des valeurs économiques. Diviser pour régner, imposer un modèle qui ne satisfait pas une majorité n’est pas une perspective constructive durable. Nier les changements profonds qu’ils soient sociaux ou environnementaux, c’est refuser de voir la réalité de ce que vivent nos concitoyen-ne-s et empêcher les espoirs (et les rêves) de notre jeunesse.

L’avenir n’est pas écrit….


                        les illustrations sont de Pat Thiébaut        www.lagitedulocal.com

lundi 24 avril 2017

L’ALSACE A DE LA PEN

Les cigognes sont dans les prés et nichent sur les toits, les géraniums commencent à fleurir sur les balcons et rebords de fenêtres, les vignes prennent des feuilles, la saison des asperges bat son plein, bienvenue en Alsace, le seule région de France à droite qui depuis hier soir est à l’extrême-droite puisque le Front National rebaptisé « au nom du peuple-Marine présidente » est majoritaire par ici.
On avait l’habitude d’une France coupée en deux où UMP(RPR-LR)  et PS  se partageaient le pouvoir alternativement. Les titres des journaux parlent ce matin au lendemain du premier tour de la Présidentielle française d’un « évènement » « historique » alors que ce n’est que le remake d’un vieux scénario habituel avec peu de variantes. Pour cette finale du 7 mai, nous avons  le libéralisme financier d’un côté et la xénophobie, l’enfermement, le rejet de l’autre côté ; « patriotes contre nationalistes » (!!!!) selon les termes du finaliste.

                                           dessin de Phil UMDENSTOCK (Colmar)



Si le désir, l’espoir sont importants dans notre vie, pas mal de monde a du être bien déçu hier soir au moment des résultats. Pour les personnes habituées au monde politique, cette « finale » était une évidence depuis un moment tant en France, il n’y a que peu de surprises : nous sommes dans un pays très conservateur, légaliste où on n’aime pas sortir de sa zone de confort et où règne encore la nostalgie des belles années de « croissance »…où les laissez-pour-comptes sont complètement déboussolés.
La caste dominatrice de droite a montré son vrai visage avec le caméléon Fillon qui malgré sa corruption avérée (protégée par son statut d’immunité parlementaire de député) draine encore derrière lui cette fange réactionnaire et passéiste des siècles derniers où les hobereaux locaux avaient tous les droits, où l’argent donnait le pouvoir, peu importe les moyens d’en avoir…
L’hégémonisme du PS est sans limite et son aveuglement est définitivement entier. Hamon et son parti (de trente ans de militance !) est le fossoyeur de la gauche et le croque-mort de son propre parti qu’il a vu s’effriter chaque jour davantage au gré de la campagne. Mais cela ne l’a pas tilté une seule fois et son égo, sa discipline apparatchik l’ont amené à casser tout espoir à ce nouveau élan perceptible, à détruire le rêve d’un changement radical, économique, social et environnemental. Lui et son parti en seront comptables aux élections législatives de juin où ils seront balayés.
Je me souviens d’il y a ...quinze ans, en 2002. Il y avait bien plus que onze candidats et on s’est retrouvé dans une situation quasi équivalente : Chirac (UMP) 19,88 %, Le Pen père (FN) 16,86 % Jospin (PS) 16,18 % Mamère (Les Verts) 5,25 %. Je sais vous me direz que je confonds tout, que Macron ce n’est pas Chirac, que Le Pen père c’est pas Le Pen fille. Oui, sur le papier et dans la propagande des médias. Mais en réalité, ça ne change quasi rien. La seule différence aujourd’hui c’est que UMP/LR, PS et EELV sont des partis morts, mais qui se sont décrédibilisés tout seul ces dix dernières années. Et en plus frappés d’amnésie. Le PS allait alors droit dans le mur en ne cherchant comme d’habitude aucune alliance sérieuse avec des partenaires. « Vous ne pesez rien » disaient les socialistes aux Verts. Et aujourd’hui avec la même stratégie hégémonique de maintien (alors que tous ses cadres lâchaient le radeau pour rejoindre Macron), leur score est à peine au-dessus de celui de Noël Mamère en 2002. Hamon tenait ce soir de résultats de 2017 un discours calqué sur celui de 2002 : « la gauche est dispersée, ...c’est une leçon à méditer...il faut se rassemble...je prendrai toutes mes responsabilités et ma part dans cette reconstruction ». Ses lieutenants, Guedj et Christian Paul faisaient le perroquet après lui. Mais derrière ces mots, ne cherchez aucun mea culpa car c’est la faute des autres, c’est à dire de Mélenchon et son mouvement. Nier l’évidence, faire oublier vite pour sauver quelques postes de députés en juin !!!
Mais celles et ceux dont l’espoir d’un changement radical est tombé hier soir ne se tourneront PLUS JAMAIS vers ce PS moribond, hégémonique, exclusif, qui n’aura plus de représentation. En sachant clairement qu’il ne serait pas au deuxième tour, le maintien jusqu’au boutisme de Hamon ressemble au même entêtement égotique que Fillon. Eliminés au final tous les deux avec leur parti et leurs alliés.


dessin de Jean AUREL (Politis) 

Donc, il nous reste le libéral financier de la caste des banquiers et affairistes mondialisés et la raciste dictatoriale de la caste refermée sur elle-même derrière ses murs « protecteurs » !!! Comment un-e de ces deux-là peuvent-ils représenter LA France, notre France, la France généreuse des Lumières et émancipatrice ? Ils représentent le côté obscur où une grande partie du peuple de France ne se reconnaît pas. Car si les deux finalistes font 45,28 % des électrices et électeurs, que vont faire les autres 55 % au deuxième tour ? Si le taux de participation est élevé à ce premier tour avec 78,69 %, qu’en sera-t-il au deuxième tour ?
En 2002, la stratégie de la peur avait fait recette. Au deuxième tour, Chirac l’emportait avec un résultat digne des potentats dictateurs, 82 %. La leçon a été retenue. Cela n’avait rien changé à sa politique pour soit-disant TOUS les françaises et français. Hier soir, Emmanuel Macron ne disait pas moins : « je veux rassembler tous les patriotes contre les nationalistes, je serai le président de TOUS les français ». Patriote est d’ailleurs un mot qu’on va entendre beaucoup pendant ces deux semaines puisque Marine l’utilise tout autant.

Celles et ceux qui ne prêtent que peu d’attention à la politique en dehors des périodes électorales et ne souhaitent que continuer à faire des affaires sans que l’État s’en mêle et vienne leur demander des comptes (de solidarité, de mutualisation), ceux-là voteront Macron, leur représentant-tête de gondole comme au premier tour. La caste des élu-e-s cumulards qui veulent sauver leur poste de député-e se mettront du côté de celui qui a le plus de chance.
Celles et ceux qui pensent qu’un pays fermé sur lui-même, sur une sélection raciste et de rejet des « différents opposants » (ça rappelle des souvenirs pas très vieux) redorerait son blason et redeviendrait ainsi prospère, continueront à voter pour la dynastie des Le Pen (père, fille, tante…).

Et cette autre France, celle des 55 %, que choisira-t-elle ou pas ? Une grande partie s’abstiendra car le vote « contre » n’est pas un vote. L’enjeu suivant et le vote de conviction se retrouveront à l’élection Législative des 11 et 18 juin prochain car tout président a besoin d’une majorité. Et si les 55 % veulent une représentativité de leur opposition ou non-représentation alors les cartes seront encore redistribuées une nouvelle fois. Et le paysage politique français sera peut-être bien plus divers qu’on veut nous le faire croire.

Les élections sont un moment, mais ce qui fait le plus bouger les choses ce sont les mouvements citoyens, les mobilisations de masse, les « nuit debout », les initiatives locales non-marchandes, les circuits courts, tout ce qui échappe au big business et à l’emprise des banques et de la grande distribution. On a beau nous marteler que c’est anecdotique, marginal, mais nous, on sait bien que c’est un changement de civilisation, une transition vers d’autres modes de vie et de production-consommation, une onde qui se propage sans contrôle et en dehors des sphères convenues de la politique politicienne.

Reprendre sa vie en mains, relocaliser les décisions démocratiquement, agir ponctuellement et collectivement, construire des circuits durables et non-délocalisables, changer de manière de penser sa vie, revenir aux fondamentaux humains et aux biens communs, il y a mille manières d’être et d’agir.

En ce lendemain d’élection, la politique sous cette forme est décevante, parfois même écoeurante. Mais la vie n’est pas cela et c’est à chacun-e de nous de la construire, la façonner, la partager et d’être en paix (et parfois fier-e) avec ce que nous réalisons pour nous, nos proches, la communauté.





lundi 3 avril 2017

UTILE ? CONTRE ou PAS ...

Ah, les sondages qui veulent diriger notre façon de réfléchir et de voter en influençant au quotidien...Mais on sait bien ce qu’ils valent à la lueur des événements de ces derniers mois où tous les résultats ont contredit les prévisions. Ce qu’il est probable de dire sans trop se tromper, c’est que les partisans de Marine Le Pen et de François Fillon sont définis et ne changeront que peu. Quoi qu’il arrive , ces convaincu-e-s n’entendent rien de ce que la presse d’investigation et les juges mettent en avant. Ils-elles sont aveuglé-e-s, quitte à nier les évidences. Cet électorat est donc figé et permet une indication. Il suffit de dépasser les 25 % au premier tour pour être parmi les deux « finalistes ».
Les sondages qui pensent faire l’opinion avec leurs publications quotidiennes ne sont que des remplissages des médias de propagande. Ils ne sont guère fiables et on peut les oublier sans problème. Depuis que la phase officielle de la campagne électorale Présidentielle a commencé, on sent bien une dynamique pour des candidats ignorés jusque là.



Elle est plutôt négative pour Macron l’ultralibéral, (poulain de Jacques Attali, Jean-Pierre Jouyet et Alain Minc), l’initiateur du CICE, de la vente d’Alstom et de l’aéroport de Toulouse, de la loi travail, de l’envahissement des bus sur les routes et qui reçoit des soutiens encombrants, mais révélateurs. Il se perd de plus en plus dans ses déclarations alambiquées et procède par annonces et démentis avec des visites qui ressemblent à du casting pour des candidat-e-s éventuel-le-s aux Législatives pour son camp. Des promesses sans accords fermes. Son programme dévoilé au fur et à mesure montre ses limites et surtout son inspiration libérale et financière : un jonglage à perdre les boules. C’est ce qu’il veut depuis le début : rester vague avec un grand sourire charmeur pour combler ses lacunes et errements. Il se vend comme un produit nouveau, tête de gondole et bonimenteur à la fois. Les sondages le concernant ne peuvent être aucunement fiables puisque son électorat est volatile et peu décidé fermement à ce jour.

Une dynamique plus positive celle-là est du côté de Mélenchon qui remplit les salles de ses meetings, décline un programme élaboré collectivement dans des réunions à travers la France depuis des mois, assure le spectacle des table-rondes et interviews par son bagoût de tribun hors pair qui maîtrise et connaît parfaitement ses dossiers. Il est crédible dans sa démarche commencée il y a plus d’un an, rassemble un très large public autour de son nom et bénéficie d’un mouvement important mobilisé partout. 
 
Les sondages ne peuvent pas faire autrement que de le mettre à la hausse, mais la réalité pourra créer la surprise s’il bénéficie d’un vote massif : savoir mobiliser les indécis-e-s et les abstentionnistes.


 
Hamon et les autres ne seront plus très regardés ces prochains jours. La dynamique du frondeur PS est vite retombée dans les limbes d’un parti hégémonique qui coule définitivement. Il pourra rafistoler les morceaux mais restera dans la mémoire comme celui qui aura fait perdre la chance historique d’une victoire de la gauche progressiste sociale et écologique. Il n’avait rien à perdre , aurait pu s’inscrire dans le temps en s’alliant à Mélenchon et France Insoumise, mais il a tout râté à part sa victoire à la primaire de la « Belle Alliance Populaire » qui n’avait d’alliance que le nom générique pour masquer le grand vide creusé par cinq ans d’une politique libérale à l’opposé des promesses de campagne du candidat PS Hollande.

Si Lasalle se veut le défenseur du monde rural, bien implanté dans sa montagne et député Modem, Poutou (NPA) et Arthaud (LO) ne représentent plus que quelques personnes qui resteront toujours en marge de toute transformation non-violente. Dupont-Aignant marche sur les traces du FN, sauce De Villiers, chevalier nationaliste plus blanc que blanc, mais cumulant les mandats divers de député, maire et communauté de communes. Les deux autres, Cheminade et Assilineau, on découvrira leurs délires dans les professions de foi qu’on recevra avant le jour du vote. Ils ont réussi à convaincre des maires pour obtenir leur cinq cent parrainages, ce qui est, soit une performance, soit une interrogation sur certain-e-s élu-e-s…

Pour les écologistes, qui ont vu les cadres du parti se disséminer dans tous les sens, il reste la question centrale de la prise en compte de la transition vers un changement de civilisation. Pour savoir qui, parmi les candidat-e-s, est le-la plus sensible et prêt-e à aller dans ce sens, il suffit de se pencher sur le sujet du nucléaire. Cette industrie civile et militaire est mortifère et engage les générations futures avec des déchets radioactifs pour des centaines d’années. Sans compter la dangerosité des installations comme on a pu le voir avec les catastrophes multiples de Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima. Cela implique aussi des transformations importantes sinon essentielles sur notre façon de nous chauffer, de consommer, de nous déplacer,... c’est changer notre regard sur la vie, de penser l’avenir. C’est donc un bon critère pour savoir comment et où ces prétendant-e-s à diriger notre pays (et aussi l’Europe) veulent nous emmener et s’ils-elles ont une réelle vision sur le monde qui nous entoure et en devenir.

Pour le premier tour, cela se jouera probablement entre Mélenchon, Macron et Le Pen du nord. Car au sein du FN, l’unanimité est loin d’être le cas avec la concurrente Maréchal-Le Pen du sud.

Donc, Macron, Mélenchon, Le Pen et si au final, les deux derniers devaient être en tête, cela fera un deuxième tour idéologiquement très intéressant avec deux visions très marquées ou le choix sera au moins clair. Pour ce dernier cas de figure, il faudra une mobilisation importante (qui peut être liée à l’abandon/l’écroulement de Hamon) et une surprise aussi importante que le retrait de Hollande et les résultats aux votes des différentes primaires qui ont éliminé Sarkozy et Valls.
Les Présidentielles ont toujours été un jeu de pronostics surtout lorsqu’il n’y a plus de votes de conviction, d’adhésion pour une large part de l’électorat potentiel. Mais le jeu est pervers entre
vote « utile », vote « contre » ou ne pas voter en toute conscience.

Cette campagne électorale de 2017 marque la fin d’un cycle face à une classe politique qui s’est décrédibilisée cette dernière décennie, par ses volte-faces, ses mensonges, pour garder le pouvoir et des mandats, à n’importe quel ...prix.

À suivre...

vendredi 10 mars 2017

L’ENJEU de la PRESIDENTIELLE 2017 : l’ELECTION LEGISLATIVE !


Vous commencez à vous demander si l’air de la montagne est vraiment si pur puisqu’il semble dérégler un peu le cerveau quand vous lisez le titre de cette chronique. L’euphorie des hauteurs, l’atrophie liée au recul, la perte de repères, ...Et bien non, c’est juste la suite d’une stratégie que peu de personnes comprennent jusque là.

Vous avez bien lu (entendu) tous mes arguments, mes analyses dans les « chroniques » précédentes qui m’amènent au choix (et je ne serai pas le seul, loin de là) du boycott conscient à la Présidentielle 2017. Je ne reviendrai pas là-dessus ici, mais ce que je disais il y a des mois déjà ne fait que se confirmer chaque jour un peu plus.
Vous avez compris aussi que si je compare les programmes entre ceux qui sont déjà publiés et dévoilés, mon choix irait vers « l’avenir en commun » qui marque une vraie rupture et donne de nouvelles perspectives. On ne peut pas être d’accord à 100 % avec ce qui y est proposé, mais l’essentiel y est avec des points à éclaircir, certes. Bien entendu, ce programme n’a rien à voir avec la poursuite de la politique menée depuis dix ans (et bien plus) qui est d’essence libérale encourageant entreprises du CAC 40, actionnaires et banques-assurances privées avec l’argument du plus de productivité, facteur d’emplois (mais quels emplois durables et à quels prix?). Qu’ont gagné le monde du travail, les ouvriers, les artisans, les employés, les agents des services publics, les retraités, les….Rien à part le refrain récurrent de : « il faut faire des efforts, ça ira mieux demain » ce qui veut dire mieux, juste quelques semaines avant les prochaines élections, histoire de faire croire que l’embellie arrive et qu’ « il faut nous soutenir encore pour que cela continue ». Eternel refrain, éternel scénario et... lassant au bout d’un moment.
Ceci dit, peu importe comment on tourne et retourne les candidatures actuelles, le scénario-type probable est un deuxième tour entre Le Pen (« au-dessus des lois ») et un des prétendants : Macron, Fillon, Hamon...* Dans ce cas de figure, l’appel à la peur (vote contre) et /ou au vote utile feront à nouveau l’affaire et ce sera reparti pour un nouveau tour de manège pour cinq ans...Macron c’est l’État géré comme une entreprise et une banque, Fillon (« peu importe la loi et la morale ») c’est du Sarkozysme connu avec une proximité idéologique entre plus forte avec le FN, Hamon c’est les belles paroles et la soit-disante difficulté à les traduire dans les faits, les lois, les choix et donc au final de rentrer dans le moule libéral (et social ?) du PS actuel. 


 
Il faut donc interroger le grand silence actuel sur la fin du feuilleton électoral. D’accord, on est dans la Présidentielle, mais elle est intimement liée à l’élection Législative. Toujours est-il que pour tout président, pour gouverner, il faut quand même au final un semblant de majorité parlementaire sinon il y a blocage et décisions anti-démocratiques à coups de 49-3 permanent (imposition forcée sans débat, souvenez-vous de la Loi Travail Valls-Macron-El Khomri).
Et pour obtenir une majorité « parlementaire », cela se joue un mois après la Présidentielle lors des élections Législatives des 11 et 18 juin.

Et là, nous ne sommes plus dans le choix de l’homme-femme providentielle qui va sauver, redresser, redonner la grandeur, réformer, changer, etc...Nous serons dans nos territoires, dans le local, sur le terrain de la vraie vie en dehors des palais dorés de la République, confrontés à des vraies personnes et qu’il va falloir convaincre. Tous ces députés sortants vont devoir expliciter leurs revirements, les errements de leur chef de parti, faire le bilan de ce qu’ils ont fait vraiment ou pas, radoter leurs promesses et qu’il faut leur faire confiance, etc...Enfin, vous connaissez tout cela. Pour le FN, ça n’a jamais posé de problème, puisque leurs candidat-e-s sont souvent des illustres inconnu-e-s, car de toute façon, pour ce parti, on vote FN l’étiquette, peu importe la personne.
Mais pour les autres ? Macron jouera sur la nouveauté (société « civile », hommes d’affaires, financiers, professions libérales) ; Les Républicains invoqueront la continuité gaulliste, conservatrice et garante des valeurs traditionnelles (et chrétiennes!) ; le PS qu’il faut construire une opposition pour contrecarrer les plans de l’adversaire. Que du convenu…

MAIS c’est là que pour les abstentionnistes conscients de la Présidentielle, il y a une mobilisation à exercer : convaincre qu’il faut donner un groupe parlementaire important à « France Insoumise » qui sera la seule force d’opposition plausible et prospective d’un autre avenir, construite sous forme d’un mouvement avec des propositions élaborées collectivement depuis des mois. On attendra de ces candidat-e-s qu’ils-elles défendent les options du programme énoncé par leur représentant à la Présidentielle. Cela créera un contre-pouvoir important et permettra au débat démocratique de se poursuivre sans être muselé.

Et puis, et cela est loin d’être négligeable sinon central, les candidat-e-s PS seront mis-es devant leurs responsabilités localement pris-es à partie et sommé-e-s de se justifier par rapport à la politique menée depuis cinq ans : les lois votées sur le travail, sur l’aide aux grosses entreprises robotisées, sur l’agriculture intensive au détriment des paysans, sur la privatisation progressive de la santé, sur la déliquescence des services publics, sur les reculs par rapport à la finance, le nucléaire, la taxe carbone, la précarité, l’austérité comme idéologie politique européenne, etc...Pourquoi voter pour ces représentant-e-s dont on sait pertinemment comment ils-elles se sont aplati-e-s lâchement pendant des années ?
Peu importe presque qui sera président, puisque si l’Assemblée Nationale ne dégage pas de majorité, alors ce sera ingouvernable dans l’état, avec une vraie opposition qui s’exprime.
Soit il y a dissolution et nouvelles élections, soit on va vers un type de dictature (à coups de 49-3). Cela ne créera sûrement pas les conditions d’un pays apaisé.

Oui, il faut se poser la question de l’après-Présidentielle pour ne pas se focaliser uniquement sur ce leurre de l’élection de notre roi national qui concentre tous les pouvoirs. Les contextes ont changé, les institutions doivent évoluer, les politiciens et partis actuels sont complètement décrédibilisés, la demande de démocratie directe est forte, les gens veulent redevenir maître de leur vie et avoir un pouvoir sur la façon de la mener localement là où ils-elles vivent. Les changements sont déjà en place et s’accentuent de plus en plus, concernant aussi bien la façon de se nourrir et où, de se déplacer, de se loger, de se soigner, d’établir des relations d’aides et non-marchands, de se cultiver et d’utiliser son temps libre à des activités émancipatrices, de …



Alors, boycott conscient à la Présidentielle et vote massif aux Législatives pour la création d’un groupe parlementaire d’opposition et de proposition au Parlement.

Cela mérite débat, non ? Car localement, le ménage sera fait ou peut fortement se faire...La mémoire ne s’efface pas aussi facilement : les traces sont aujourd’hui multiples et plus maîtrisables du tout. On peut clamer haut et fort, fake news et mensonges ; les images, les enregistrements sont là et on ne peut pas continuer à refuser, à nier les évidences. Chacun-e est mis-e devant SES responsabilités et ses capacités d’action, chacun-e à son niveau. On ne pourra plus dire : « je ne savais pas »…

L’avenir n’est pas écrit.

(et ces derniers temps, on l’a bien vu!)






dessin de Pat Thiebaut    www.lagitedulocal.com 


* Je ne cite pas là intentionnellement Mélenchon car un « scénario » où Mélenchon serait parmi les deux ayant le plus grand score au premier tour mérite un développement, que je ferai probablement dans une prochaine chronique.

jeudi 2 mars 2017

SOUVENIRS, SOUVENIRS ...


On habitait à quatre blocks du lac...et à deux pas du parc municipal. Il faisait toujours beau et très chaud. En sortant du travail au milieu de l’après-midi, Solange descendait downtown acheter quelques crabes et écrevisses qu’elle venait ensuite décortiquer, déguster dans ou devant la maison que nous louions rue du général Haig. Moi, je traversais le City Park à vélo en prenant le temps de flâner et m’octroyant des détours à travers les nombreuses allées. Le soir, on sortait au centre et dans les quartiers chauds de la ville. Il y avait des bars partout avec de la musique, de la musique, tous les styles de musique. Cette ville était avant tout une ville aux sonorités multiples avec une ambiance que je n’ai jamais retrouvée nulle part ailleurs à travers le monde.
Les maisons étaient pour la plupart en bois, à un niveau ou parfois deux, posées sur des parpaings avec un terrain autour : une allée à l’arrière pour l’accès en voiture aux parkings ou garages et à l’avant, pas de clôtures, de la pelouse, des arbres et arbustes (magnolias, azalés, …) avec des fleurs exubérantes toute l’année. Il faisait bon vivre (« laissez le bon temps rouler ») et les voisins se saluaient, même en ville tout le monde se souhaitait une belle journée, une soirée agréable, bref, c’était non seulement convivial, mais en y habitant, on avait vite l’impression de vivre dans un grand village.
Même si la ville comptait un peu moins de 500 000 habitants, on ne le sentait pas tant elle était étendue et verdoyante avec ses maisons individuelles et ses allées boisées. Il fallait bien sûr apporter de l’ombre sous ce climat tropical, chaud et humide.
Et puis, comment travailler dans une cité où c’était la fête toute l’année, où tous les prétextes étaient bons pour se retrouver à plusieurs, boire, manger et danser dans une sensualité démesurée. Et la musique : l’âme profonde de cette ville, son essence, sa raison d’être, sa vitalité. Elle était omniprésente partout. Elle occupe les bars, les trottoirs et déborde très souvent dans les rues pour se transformer en des parades improvisées parfois au milieu de la nuit. Il n’y avait d’ailleurs plus de nuits et de jours : la fête se déclinait vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Quand on habitait là, on ne voulait, ne pouvait plus partir : la vie y était douce, agréable, conviviale, colorée, chaude… Rien à voir avec les cités prospères où l’argent est central et où le look détermine vos relations. Rien de cela ici. Mélange ethnique, liberté, extravagance, tolérance : tout était possible !
Même dans le malheur, la fête reprenait le dessus et il a fallu du courage pour faire revivre ce qui a été rasé en une nuit.



En cette fin août 2005, un enième ouragan traversa la région, mais cette fois-ci les digues se sont brisées (on compta jusqu’à cinquante brèches) et la ville fut engloutie. Longtemps après le drame, des enquêtes approfondies ont montré combien le génie civil était responsable en ne construisant pas ces murs de béton dans les normes de sécurité faisant des économies drastiques sur les matériaux. Pendant des jours, la population est restée livrée à elle-même, les services de l’État, les aides ne se mobilisèrent que plus tard. Le Superdome et le Convention Center accueillirent des milliers de réfugiés, malades, handicapés, personnes âgées, mais sans nourriture, sans sanitaires en état, plus d’électricité, des conditions improvisées. Des corps flottaient au-dessus de l’eau, les habitants ne pouvaient compter que sur eux-mêmes mais les solidarités étaient là, dans l’âme même de la ville. Celles et ceux qui voulaient traverser le pont vers l’état voisin étaient repoussés par la force policière qui craignait un envahissement de malfrats et autres délinquants ! Le président survola la ville dans son avion privé au bout de quelques jours... en guise de compassion. Et quand enfin l’armée arriva au bout d’une semaine, elle en fit une zône militarisée où on embarqua les gens sous la menace des armes, dans des camions, en séparant même les familles pour les déporter dans des camps de tentes provisoires (qui durèrent plusieurs années) dans les états voisins. Beaucoup ne revinrent jamais car ils avaient tout perdu et n’avaient pas de moyens pour reconstruire. D’ailleurs, la suite montra bien qu’il y avait une sorte de volonté pour finalement raser la ville et la reconstruire pour en changer la population. Car à majorité noire et démocrate, cela ne plaisait pas à tout le monde, alors pourquoi pas reconquérir des territoires et en changer la sociologie et ...la majorité politique.

Mais c’était sans compter sur l’amour des habitants pour leur ville, sans compter sur cette capacité fantastique de la solidarité, de la volonté incommensurable à vouloir garder l’âme de leur ville, lui redonner ce qu’elle avait perdu et que certains voulaient transformer pour en faire une ville comme les autres. La musique, poumon et coeur de la ville, fit résonner à nouveau ses notes de joies partagées. Petit à petit la vie reprit, même si tout ne fut pas reconstruit et qu’une partie importante, un quart de la population, ne put pas revenir par manque d’argent. Il y eut des donateurs qui aidèrent pour des projets de reconstruction « Make it right  et Teach for America » et plein de jeunes du pays qui vinrent aider et pour certains s’y installer. Cela aida pour l’espoir dans la durée. 



 
La musique traverse à nouveau les murs des bars, parade dans les rues et les sourires reviennent sur les visages. Mais personne n’oublie les nombreuses victimes, personne n’a été épargné par la catastrophe et tous avouent que leur façon de voir la vie a changé à partir du moment où on se rend compte qu’en un instant on peut tout perdre et que l’argent n’a plus la même valeur, le matériel non plus. Il reste les peines indélébiles, mais qui dans cette ville, se transforment toujours en fêtes.
Ce sont les îles des Caraïbes qui se sont déportées vers le continent, un peu d’Afrique, une ambiance hispanique et le jazz, le blues, le rock, les fanfares, la danse, les odeurs des mets parfumés, les sourires, les big hug, la chaleur…

Katrina a englouti New-Orléans, mais cette ville a une âme trop forte, une énergie chaleureuse qu’on ne trouve nulle part ailleurs et qui fait qu’elle ne mourra pas.
Quand je vois des photos de la Nouvelle-Orléans aujourd’hui, je reconnais des lieux encore debout, mais je vois aussi les stigmates de la destruction. Quand je vois des reportages sur la ville dix ans après la catastrophe, je reconnais et je sens bien que cette ville a su garder son âme et qu’elle sera éternelle… et toujours très, très particulière !
Les deux années passées là-bas ont transformé ma vie, ont enrichi ma façon de voir les choses et j’y ai toujours encore une attache particulière et des émotions très fortes quand je me remémore tous ces moments de joies, ces rencontres merveilleuses et une qualité humaine de vie exceptionnelle.

En ce temps de MARDI GRAS, les souvenirs remontent... Quand je vois les USA aujourd’hui avec ce président dont je ne trouve même pas les mots justes pour le caractériser et aussi l’état politique de la France (où nous sommes finalement revenus), je ne peux que constater l’accélération du temps et tout ce qu’on a perdu en humanité, en tolérance, en libertés. Et pour me consoler parfois, je remets des vieux disques vinyles sur ma platine : « My darling New-Orléans …. » 
de Little Queenie … par exemple !



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Pour en savoir plus :




vendredi 24 février 2017

FICTION ...en marche ?

Nous sommes en 2017. Les derniers flocons de neige tombent sur les hauteurs. L’hiver fait part de ses derniers soubresauts, mais le pays est penché sur son avenir immédiat : les élections quinquennales présidentielles. Les dernières semaines, un certain rythme politique s’est sérieusement accéléré. Il faut dire que dans moins de trois semaines, on saura exactement qui sera sur la ligne de départ de la course à l’Elysée. Les prétendants étaient multiples, mais certains scénarios ont été balayés par les électeurs lors de consultations « primaires » qui ont réservé pas mal de surprises. Elles ont surtout été révélatrices d’un rejet profond d’une certaine caste politique complètement décrédibilisée ces dernières années.
Le président sortant qui a fait volte-face pendant ses cinq années de gouvernance n’a eu d’autre choix que de se retirer de la course, sûr d’être battu ...honteusement ! Son élection avait bénéficié d’un rejet total de son prédécesseur. La leçon est peut-être restée dans sa mémoire. Son successeur naturel et aussi premier ministre a lui aussi été rejeté, contre toute attente, lors de la consultation des militant-e-s au profit d’un frondeur de son camp qui tenait un discours novateur pour son parti et qui avait pris de la distance avec la politique de sa famille. Ce scénario a rebattu les cartes de façon sérieuse, mais annonçait une partie des plus délicates.
Dans le camp adverse, à la fin de l’année précédente, il s’était déjà passé quelque chose d’analogue. L’ex-Président de la droite pensait reconquérir le poste perdu il y a cinq ans, mais avec de multiples ennuis judiciaires, il avait aussi perdu une partie de ses partisans dont les voix se reportèrent non pas sur un dinosaure du parti (« le plus intelligent de nous tous »!) mais sur l’ex-premier ministre qui se targuait d’une probité à toute épreuve flattant l’électorat libéral et chrétien en se présentant comme une personne intègre, transparente, sans reproche. Malheureusement pour lui, une investigation journalistique approfondie a vite fait de mettre en lumière ce qui avait été caché sous les tapis et derrière les rideaux de sa demeure seigneuriale. Il eut beau crier que ce n’était qu’un détail légal (concernant quand même une somme importante d’argent public), puis désavouer la justice et enfin hurler au complot, il n’a cependant jamais apporté de preuves qui aurait pu faire tomber les accusations éthiquement totalement justifiées. M. Propre était noirci et sa moralité bien éclaboussée, d’autant plus qu’il déclara (là encore faisant volte-face) que même mis en examen par la justice, il serait candidat jusqu’au bout. Ce qui manquait d’élégance et accentuait cette image détestable que certains se croient au-dessus des lois.
L’autre candidate d’extrême-droite malgré un nettoyage de façade n’échappa pas, elle non plus, aux affaires judiciaires qu’elle traîne derrière elle, les anciennes (surfacturation) comme les nouvelles apparues ces derniers mois avec des soupçons avérés d’emplois fictifs au Parlement Européen. Elle aussi déclara que, convoquée pour examen par la justice, elle n’irait pas. J’ai toujours cru que la règle numéro un pour un politique était l’exemplarité. Mais ça c’était il y a longtemps. Depuis, vu de plus près, j’ai eu le temps de comprendre que cela ne se passait pas du tout ainsi dans ces sphères là. De plus en plus de personnes comprennent très bien comment les arrangements en tous genres, les collusions et les cumuls de pouvoirs forment un système très rémunérateur qu’on ne veut pas abandonner trop vite.
Il y a aussi un jeune loup au sourire permanent de séducteur, banquier devenu ministre de l’économie et qui démissionne de son poste quelques semaines avant les élections pour se présenter dans la peau d’un candidat ...nouveau ! Cet homme d’affaire présente du vent, des rêves, des mots oniriques dans un scénario aux contenus inexistants. Il s’accoquine avec un ancien centriste, girouette permanente de ce monde politique et qui veut encore exister en pensant qu’il a des idées novatrices à apporter alors qu’il représente le lobby catholique bien pensant et ultra-conservateur. Un atout ou un poids mort ?


Les pronostiqueurs et observateurs, analystes politiques ont déjà déroulés leurs scriptes et calculs.
Dans l’état actuel, la multiplication des candidatures amène une finale en mai entre candidats de droite et d’extrême-droite car le banquier et son acolyte centriste sont casés de ce côté-là désormais même s’il ne fait que répéter qu’il se situe «  à droite et à gauche », autant dire nulle part !
Ce bonimenteur politique est de plus en plus christique à l’image des prédicateurs américains où la forme est plus importante que le fond. D’ailleurs en bon commercial, il est le produit, l’argument de vente et la tête de gondole et dans ses paroles, on n’entend plus que le mot « entreprise » politique ce qui veut tout dire sur la façon dont il considère le pays  et comment le conduire.

Il reste une dernière interrogation, mais très importante, sur les décisions qui seront prises dans les prochains jours sur une éventuelle candidature unique à gauche. Celui issu du vote des écologistes a rejoint le candidat frondeur PS avec des accords, des engagements sur quelques points essentiels. Ainsi, il invite aussi à ce que le candidat de la gauche radicale accepte de rentrer dans ce rassemblement. Cela n’est pas facile, mais plus le temps avance, plus la pression va s’accentuer et il va être difficile de ne pas passer, en cas de refus final, pour celui qui a fait perdre la gauche, car mathématiquement, ensemble, celle-ci peut gagner l’élection présidentielle.

Improbable le rassemblement de ces deux candidats ? Dans l’état actuel des choses, oui. MAIS il ne faut pas oublier que le candidat PS d’aujourd’hui est un frondeur qui a dénoncé la politique du quinquennat de son parti et souhaite le faire évoluer et le transformer idéologiquement.
Admettons qu’un accord souhaitable par une grande partie du « peuple de gauche » s’opère ce week-end ou dans les prochaines semaines. Les anciens caciques libéraux du PS quitteront le navire et se rapprocheront du centriste « nulle part », ex-ministre banquier de l’économie qui était avec eux au gouvernement. Même pas besoin de demander des « têtes », elles s’éloigneront toute seules. Du coup, le parti sera explosé et sa reconstruction sera au programme de l’après-élection.

Quant à savoir qui des deux sera le candidat unique pour cette dernière élection de la 5ème République (puisque tous les deux s’engagent à créer de nouvelles institutions dans une constituante d’une 6ème République), on peut proposer un tirage au sort ou une candidature commune avec un accord de gouvernement. L’intelligence et le sens de l’histoire feront la différence.
La responsabilité de ces deux candidats est énorme quant au futur de la politique française. Ou ils se maintiennent dans leur posture individuelle, partisane et c’est le coup de grâce de la politique, ou ils se mettent dans un gouvernement de rassemblement et ils reconstruiront un nouveau pôle à gauche mais bien loin idéologiquement du social-libéralisme qu’on nous a asséné ces dernières années avec un reniement de quasi toutes les promesses.
A droite de toute façon, le parti LR (ex UMP) est en miettes et cela sera vraiment visible après la séquence électorale.

Pour le PC (Parti Communiste), le choix n’est pas clos. Un premier vote interne a fait ressortir un soutien au candidat de la gauche sociale car il est impossible pour eux de soutenir un candidat issu du gouvernement qui a trahi les classes populaire et ouvrière. Cependant, pas mal de militant-e-s optent pour le scénario gagnant d’un candidat unique (frondeur PS ou France Insoumise) et d’une représentation parlementaire.


 
Pour les abstentionnistes conscient-e-s comme moi, il n’y a qu’un seul cas de figure qui nous fera, éventuellement, changer de choix : une candidature unique France Insoumise-Verts- Frondeurs PS qui apporterait une nouvelle offre idéologique dans un monde en mutation , en transition, bien éloignée des partis traditionnels actuels et où la dimension écologique est largement prise en compte avec des engagements forts. Ces voix abstentionnistes conscient-e-s seront un apport forcément gagnant dans un tel cas de figure.

Les deux candidats ont cette responsabilité, leur décision montrera le degré de sincérité et d’engagement réel en dehors des jeux pourris de pouvoirs et de leadership.
Je ne nie pas certaines divergences et des stratégies longues, mais l’intelligence est aussi savoir dépasser des différences pour un objectif plus grand.
« Seul, on va vite ; ensemble, on va loin. »

La réponse ne saura tarder car les candidatures sont déposées mi-mars avec les 500 signatures minimum des maires de France.



A suivre…..L’avenir n’est pas écrit !